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Les entretiens de Dauphine – Mardi 9 Avril 2002
Jean Drucker, Président du Conseil de Surveillance de M6
« La télévision, un enjeu économique et culturel »
Dans le cadre des entretiens de l'Université Paris - Dauphine, le Président du Conseil de Surveillance de M6 est venu s'exprimer le 9 avril 2002 sur le thème de " la télévision , un enjeu économique et culturel ".
Jean Drucker a orienté son intervention sur 3 idées clefs :
- la télévision " n'est pas une marchandise comme les autres "
- la puissance publique doit assurer une bonne régulation du secteuraudiovisuel
- la TNT bouleverse l'économie du secteur et il ne faut pas fragiliser ce qui existe
1- Ayant dressé un bref panorama de l'évolution du paysage audiovisuel français et étranger depuis les années 50, Jean Drucker a insisté sur la nécessité de préserver la télévision en tant qu'une " industrie gigantesque du divertissement ".
Il a également pointé le rôle social de la petite lucarne comme enjeu culturel pour " la fabrication de l'imaginaire des gens qui la regardent ".
Cependant, prenant le cas de la faillite du groupe Kirch en Allemagne, il s'est dit opposé à toute intervention de l'Etat Allemand pour renflouer le mastodonte des médias, préférant pour le secteur les aléas de l'économie.
Au plan européen, il lui semble malvenu d'imaginer créer une télévision d'envergure européenne. " On n'a pas une télé européenne, sinon ce serait un espèce de pudding, mais une somme de télés européennes ".
2- Après avoir fustigé la directive Télévision sans frontière pour laquelle il estime " qu'il n'y a rien dedans " en raison des exceptions qu'elle permet, il a souligné le système bâtard de la France où secteur public et secteur privé ne sont pas suffisamment séparés. Il a ainsi rappelé la puissance de la BBC qui dispose de ressources propres et échappe à une logique de marché et d'audience lui permettant d'offrir un vrai service public.
Toutefois en matière d'intervention étatique, il n'a pu que constater les bienfaits du système de protection du cinéma français en soulignant " la volonté politique constante partagée par la Droite et la Gauche pour protéger le cinéma français " qui lui permet d'être encore vivant.
A propos de la régulation existant en France, Jean Drucker estime que " l'Etat doit se préoccuper de la télévision " en mettant en place des règles, un encadrement sous la responsabilité d'une autorité de régulation forte et pas seulement une régulation économique. A ce propos, il a souligné les méfaits de la mise en place d'une régulation basée exclusivement sur les lois anti-trust par l'administration Bush aux Etats-Unis en la qualifiant " d'immense régression ".
Mettant en garde du risque " d'un bain de sang économique " en France par la multiplication des tuyaux, le patron d'M6 souhaite que l'on ne fasse pas pire car il faut rester vigilant avec le satellite qui multiplie l'offre en méconnaissant les frontières.
3- En corrélation des mutations actuelles du secteur télévisuel avec l'arrivée du numérique terrestre, Jean Drucker a pointé du doigt " les lobbies [partisans de la TNT] auprès de l'Etat qui se fracassent sur une pénurie dramatique de contenus ".
Rappelant le fait que près de 20 chaînes thématiques ont une audience négligeable et donc une économie plus que fragile, il a pronostiqué des rapprochements nombreux entre les chaînes thématiques car il n'est pas possible d'avoir 4 chaînes musicales qui fournissent " de l'opéra, de l'opérette, du trombone et du violon ".
Insistant sur l'aspect social de la télévision, il a rappelé l'idée du sociologue Dominique Wolton qui estime que " les grands réseaux de télévision créent du lien social ".
Sous un angle plus économique, il a déclaré " en multipliant les chaînes sans 'business model', on multiplie les désastres économiques " après avoir clairement exposé que sa chaîne appartient à une industrie du désir qui n'est pas nécessaire pour vivre correctement puisque cela appartient au superflu.
En conclusion, Jean Drucker souhaite " protéger l'existant " en demandant aux autorités publiques à ne pas abîmer ce qui existe déjà.
Compte-rendu réalisé par Rémy PARIS.