| C'est en 1991 que des diffuseurs et industriels
européens constituaient un groupe pour promouvoir le développement de la télévision
numérique, qui devient en 1993 le Digital Video Broadcasting (DVB). Des normes de
transport sont d'abord définies pour le câble (DVB-C) et le satellite (DVB-S). La norme
de diffusion terrestre (DVB-T) ne sera élaborée qu'en 1995.
Les Etats-Unis et le
Royaume-Uni ont été les premiers à se lancer dans la télévision numérique terrestre
en novembre 1998, suivis de près par la Suède en avril 1999 et l'Espagne la même
année.
Le Japon expérimente la
TVNT depuis 1998. Le gouvernement et les diffuseurs se sont engagés à lancer la
télévision hertzienne numérique d'ici 2006 et à ne plus utiliser l'actuel système
dans dix ans.
En Europe, la période
2000-2001 a vu ou verra l'arrivée de la TVNT dans les pays scandinaves (Norvège,
Danemark...), en Allemagne et en Irlande. Dans le monde, on peut citer l'Australie.
Les français attendront
sans doute 2002. Idem pour les italiens, qui devront d'abord mettre de l'ordre dans leurs
fréquences analogiques.
Quatre pays ont adopté
la TVNT en 1999. Je ne rentrerai pas dans les détails de leurs politiques audiovisuelles
(renforcement ou affaiblissement du service public, pluralisme ou centralisme...). En
revanche, on peut constater qu'ils ont choisi des stratégies totalement différentes. Ces
stratégies correspondent à 4 modèles qui seront applicables aux futurs pays
numérisés.
Le modèle américain : la haute-définition
La TVNT américaine a
débuté ses programmes en novembre 1998 dans quelques grandes métropoles. L'ATSC est le
standard de diffusion qui a été choisi par la FCC (Commission Fédérale des
Communications) dès 1997. La politique choisie Outre-Atlantique est la haute définition,
plus gourmande en ressource et qui limitera de ce fait le nombre de canaux numériques.
Toutes les stations devront émettre en numérique avant mai 2002 pour les privées et
avant mai 2003 pour les publiques. L'arrêt de l'analogique est programmé pour 2006.
Actuellement, une centaine de stations diffusent en numérique sur les gros bassins de
diffusion, essentiellement des programmes haute définition.
Le modèle anglais : une offre contrôlée par un
opérateur payant
Le Royaume-Uni a
démarré sa télévision numérique terrestre (standard DVB-T) en même temps que les
américains en novembre 1998. Les britanniques proposent d'ores et déjà 2 multiplexes de
6 programmes réservés à la télévision gratuite ("free-to-air channels"),
c'est à dire aux opérateurs qui émettent aujourd'hui en analogique terrestre : 6 canaux
pour le service public (la BBC), 2 canaux pour ITV, et 1 canal pour Channel 4, Channel 5
et S4C au Pays de Galles). Les 4 multiplexes restant ont été concédés à un
opérateur payant : On Digital. Ce bouquet propose :
- - 15 chaînes thématiques payantes,
vendues à l'unité, par 6 ou en totalité.
- - 2 chaînes "bonus" offertes
aux abonnés de On Digital
- - 5 chaînes premium (sport ou cinéma)
vendues à l'unité
- - 2 chaînes en pay-per-view (paiement
à la séance).
Des applications
interactives sont également prévues et d'autres programmes payants sont attendus.
A son lancement, la TVNT
britannique couvrait déjà 50 à 70 % de la population suivant les multiplexes.
Aujourd'hui, presque tous les multiplexes ont une couverture égale à 90 %.
En ce qui concerne les
récepteurs, plusieurs industriels produisent des décodeurs, et les premiers modèles de
téléviseurs numériques intégrés sont sur le marché pour un peu moins de 10 000 F en
moyenne.
A noter que On Digital
fournit gratuitement des décodeurs pour tout abonnement d'un an depuis 1999, en raison de
la concurrence avec Sky Digital, l'autre opérateur GB payant, mais par satellite.
L'extinction de
l'analogique est prévue pour 2006 (au plus tard en 2010).
La TVNT est un succès au
Royaume-Uni, d'après On Digital et des analystes anglais. On Digital comptait, fin juin
2000, 774 000 abonnés à ses programmes, soit trois fois plus qu'en 1999 à la même
époque. Son objectif pour fin 2000 était d'un million d'abonnés et deux millions d'ici
fin 2002.
Le numérique terrestre
britannique mérite quelques reproches. C'est mon point de vue...
Tout d'abord, la nouvelle
ressource numérique est en grande partie payante. Un seul opérateur PAYANT occupe 2/3
des fréquences. L'offre en clair se résume donc à 12 malheureux canaux, tous attribués
aux opérateurs terrestres qui existaient en analogique. Le numérique terrestre
britannique est totalement verrouillé, inaccessible pour de nouveaux opérateurs. Quant
aux chaînes locales, elles n'ont pas vraiment leur place. De plus, certains opérateurs
privés qui existaient en analogique ont peu ou pas de perspective de développement
en TVNT (Channel 4 et 5 n'ont qu'un seul canal numérique).
Il faut cependant
préciser que le Royaume-Uni n'avait auparavant qu'une seule offre payante en numérique
(SkyDigital par satellite), contre 3 (par satellite) pour notre pays. On Digital est donc
viable Outre-Manche, mais ne le serait pas en France..
Le modèle suédois : une offre très largement gratuite
Le lancement commercial
de la TVNT a eu lieu le 1er avril 1999, avec au départ 3 multiplexes de 4
programmes couvrant 50 % de la population. Un quatrième multiplexe est aujourd'hui
disponible. Toutes les chaînes nationales (7 chaînes publiques et privées) arrivent
progressivement dans l'offre numérique gratuite. De nouveau services interactifs (la
chaîne eTV) ont été mis en place, ainsi qu'une chaîne d'enseignement à distance et
une chaîne d'information continue. La TVNT fait la part belle aux chaînes régionales et
locales, également gratuites. Quatre programmes sont payants : Canal + numérique (vive
la France et ses programmes à péage !!!) et ses différentes déclinaisons (bleue,
jaune) et TV 1000.
Le prix d'un décodeur
numérique avoisine les 3000 F. Quant aux téléviseurs numériques intégrés, ils sont
apparus en 2000.
Senda est l'opérateur
des 4 multiplexes. Il commercialise une carte pour accéder aux chaînes gratuites : un
droit d'entrée est fixé à 135 F, complété par une cotisation annuelle de 200 F
(équivalent de notre redevance). Senda est détenu par Teracom (TDF suédois) et Sveriges
TV (TV publique) pour 50/50.
La TVNT couvre
aujourd'hui environ 90 % de la population.
Je préfère (et de loin)
le modèle suédois à celui des britanniques. La Suède fait la part belle aux programmes
gratuits et à la télévision de proximité. Les opérateurs privés pourront étendre
leur offre et de nouveaux opérateurs ont (semble-t-il) leur chance sur la nouvelle TVNT
suédoise.
Le modèle espagnol : une offre mixte et largement
régionaliste
L'Espagne, qui s'est
lancée au second semestre 99 dans le numérique hertzien, propose 11 multiplexes, dont 5
nationaux et 6 régionaux ou locaux. Les diffuseurs analogiques ont leur place réservé
dans un multiplex national en numérique Un demi multiplex est prévu pour 2 nouvelles
chaînes nationales gratuites, dont les licences devaient être attribuées par le
gouvernement avant fin octobre 2000 (je n'ai pas d'info à ce sujet !). Les 3 autres
multiplexes nationaux sont réservés à un bouquet payant, contrôlé par un nouvel
opérateur : le consortium Quiero TV. Retevision est l'actionnaire de référence du
bouquet, qui propose 18 chaînes + accès Internet + courrier électronique. Le prix d'un
abonnement est de 3750 Pts/mois. Le terminal numérique est en location : 1000 Pts/mois.
50 % de la population
était couverte en numérique terrestre en juin 2000 et plus de 80 % devrait l'être à
fin 2001. En 2010, 95 % de la population devraient pouvoir accéder à la TVNT. La date
d'extinction de l'analogique a été fixée à 2012.
Cette large part
réservée aux programmes régionaux est à l'image de l'Espagne : très régionaliste et
fédéraliste. Ce modèle sera certainement repris par les italiens et les allemands.
La France
Un service public fort et
une offre largement en clair. C'est le modèle français qui semble se dessiner ! |