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>Interview de Stéphane MARILLAT, Président du projet SUN TV
>Interview de Christophe Cornillet, Responsable de l'ingénierie DVB-T à TOWERCAST : Towercast prêt pour la TNT
>Interview de Guy Le Maréchal, responsable de la gamme de produits de Netgem : présentation du boîtier NETGEM
> Interview exclusive de Grégory SAMAK, directeur du projet numérique du groupe AB
>
Interview d'Alexandre SARNO, journaliste-présentateur sur CanalWeb
>Entretien avec Dominique BAUDIS, Président du CSA
>Entretien avec Marc RENNARD, Directeur général de TDF
>Entretien avec Patrick BALLARIN, Directeur associé de Réservoir Prod.
>Entretien avec Jacques ESPINASSE, Directeur général de TPS
>Entretien avec Richard GUILLOREL, Président du SIMAVELEC
>Patrice Fryson (Netgem) : "Nous jouons notre avenir sur la TNT"
>Divers propos des futurs acteurs de la TNT

Interview de Stéphane MARILLAT, Président du projet SUN TV : Présentation de la chaîne et réaction aux propos de M. Le Lay qui fustige la TNT

Jean-Luc JULIEN, TVNT.net : Pouvez-vous nous présenter en deux mots le projet Sun TV ?

Stéphane MARILLAT, Président du projet SUN TV : Nous entendons proposer une chaîne tous publics dont la thématique principale s’articulera autourStéphane MARILLAT de l’outre-mer. Notre cœur de cible sera bien entendu les 5 à 6 millions de Français originaires des collectivités d’outre-mer installés en métropole, mais également chaque citoyen présent dans l’hexagone indépendamment de ses origines géographiques, qui, au nom de la continuité territoriale doit être en mesure de s’informer sur l’actualité sociale, économique, culturelle ou politique se tenant effectivement « de l’autre côté de la mer » mais néanmoins en France. Le projet SUN TV s’appuiera sur une thématique musicale forte et fédératrice qui s’ouvrira largement sur les musiques alternatives du monde entier allant du reggae à la salsa en passant par la musique antillaise le ragga, le R&B et de manière plus générale tous les rythmes à caractère tropical. Aussi bien en radio qu’en télévision ce format musical est inexistant en France or on ne compte plus les nombreux artistes dont la musique s’inscrit dans ce registre et qui signent à chaque nouvel album un disque d’or, sans pour autant être exhaustif on peut citer par exemple, Tito Puente, Kassav, Yuri Buenaventura, Yousso N’dour, Chaka Demus, Franky Vincent, Césaria Evoria et tant d’autres ! Des documentaires, des séries ainsi qu’une thématique voyage et découverte viendront compléter notre grille dans le souci permanent de nous adresser au plus grand nombre et proposer une nouvelle télévision largement ouverte sur le monde.

Quelles sont les forces du projet Sun TV ?

Dans le cadre de l’appel aux candidatures en cours nous souhaitons sans ambiguïté prendre le créneau laissé vacant par l'absence de RFO sur les huit canaux qu'occuperont les chaînes du service public sur la TNT. Il convient de rappeler que RFO est la seule société relevant du service public à avoir été écartée de cette grande aventure. Ceci me donne à penser que notre candidature est tout à fait légitime, d’autant plus que si l’on s’attarde sur les déclarations tout à fait consensuelles des grandes figures de la classe politique, toutes tendances confondues par ailleurs, lorsqu’il est question des DOM-TOM la grande majorité s’accorde à dire en substance que « l’outre-mer est au cœur de la république. » Il m’apparaît en outre difficilement envisageable qu’une si grande partie de Français ne puisse se reconnaître dans ce nouveau paysage audiovisuel qui se dessine.

Qu'est-ce qui a séduit M. de Bodinat (ex Président de Sony Music) dans votre projet, et qui pourrait également convaincre les sages du CSA ?

Monsieur Henri de Bodinat fût Directeur général de la société Club Méditerranée et ex Président Directeur Général de Sony Music France. Il dirige maintenant plusieurs labels indépendants et sa passion pour la world music n’est plus à démontrer. C’est d’ailleurs sous son impulsion que le groupe Kassav, entre autres, a été signé chez Sony. En conséquence, Il a parfaitement mesuré l’enjeu d’un tel projet qui fait la part belle à la world music. Concernant le deuxième volet de votre question, on peut dire que Monsieur de Bodinat a laissé parler son cœur tandis que le CSA aura la lourde tâche de trancher en fonction de la pertinence des dossiers soumis à son examen dans un souci d’équité et de diversité. Sur ce point, les éléments contenus dans la réponse à votre question précédente plaident en notre faveur non ?

A votre avis, la réflexion que va mener le CSA jusqu'en octobre est-elle utile (voire nécessaire) ? Ce retard pris dans le calendrier est-il un handicap ou une aubaine pour le projet Sun TV ?

L’importance du chantier peut commander un temps de réflexion supplémentaire cette réflexion est souhaitable et nécessaire si elle permet de trancher certaines question en suspens. Je pense par exemple à l’ouverture de la publicité à la télévision aux secteurs aujourd’hui interdits ou encore à la préparation du calendrier de déploiement opérationnel de ce nouveau réseau. Cette période de réflexion providentielle est effectivement une aubaine pour le projet SUN TV dans le sens où notre tour de table n’est pas totalement bouclé et que nous discutons toujours avec plusieurs partenaires susceptibles de nous accompagner dans cette passionnante aventure. Le CSA nous ayant accordé à cet égard des délais supplémentaires.

Craignez-vous un abandon pur et simple du chantier TNT ?

Il m’apparaît opportun de préciser que le projet TNT en France résulte de la volonté du législateur qui en a déterminé le cadre et le contour. Son déploiement s’appuie par conséquent sur une loi ainsi qu’un certain nombre de décrets. A charge pour le CSA de faire appliquer la loi. Sauf indication contraire sanctionnée par un vote à l’assemblée le projet ne saurait être remis en question. A ce stade, le CSA étant seul maître du jeu il est difficilement envisageable de voir le chantier abandonné, d’autant plus que la numérisation de la diffusion étant inéluctable la question ne manquerait pas de se poser ultérieurement. Si l’on considère l’expérience malheureuse de la Grande-Bretagne où le bouquet TNT à il est vrai mis la clef sous la porte, pour des raisons d’ordre conjoncturel plus que structurel, on constate que l’équivalent du CSA britannique a déjà lancé un nouvel appel à candidature et que de prestigieux candidats sont déjà sur les rangs. Il y a fort à parier que de l’autre côté de la manche la TNT soit de retour avant la fin de l’année. Cela dit pour revenir à votre question il est fort probable que certains projets du groupe France Télévisions sur la TNT soient reconsidérés telle la grande chaîne info du service public initialement prévue par exemple. C’est à mon sens dans cette direction qu’il faudra chercher les seules concessions qui pourraient éventuellement être faites, au bénéfice des zélés détracteurs de la TNT en France.

Avez-vous prévu un repli vers le câble et/ou le satellite si le CSA ne retient pas le projet Sun TV ?

Nous n’excluons aucune hypothèse. Cependant, les conditions de distribution des chaînes dites de complément sur les réseaux du câble et du satellite s’étant considérablement dégradées ces dernières années, nous ne sommes pas plus forts que les autres et ne croyons guère à un modèle économique viable et pérenne en nous appuyant sur ces seuls supports où encore une fois l’avenir de la plupart de ces chaînes (et non des moindres) est sérieusement menacé.

Les patrons des chaînes historiques (TF1, M6) ont violemment attaqué la TNT. Quelle est votre réaction ?

Il y a une phrase que bon nombre d’entrepreneurs Anglo-saxons ont érigé en devise et qui résume parfaitement la situation : « If you can’t beat them, join them » Monsieur Le Lay et ses suppôts sont ridicules dans ce registre. Quelle crédibilité accorder à leurs propos alors que TF1 à présenté une dizaine de candidatures, si l’on considère les 4 projets de TPS dont TF1 détient 50% du capital ? Idem pour M6 avec de mémoire ses 6 candidatures ! Pourquoi ces gens là ne se tiennent ils pas tout simplement à l’écart d’un si mauvais projet ? Arrêter la TNT, c’est comme se coucher sur l’autoroute pour arrêter les voitures … Inutile et dangereux, ce qui accessoirement confine à dire tout et son contraire.

Que répondez-vous à Monsieur Le Lay (PDG de TF1) qui a qualifié les projets Sun TV ou encore Télégénérations de "folkloriques" ?

Je ne sais pas dans quelles conditions il a prononcé cette phrase et ne suis pas sûr qu’il ait clairement cité de nom dans cette déclaration, même si notre projet était certainement visé. Devant la suffisance et l’arrogance qui caractérisent le personnage l’ensemble des Français de l’outre-mer ainsi que les 18 millions de seniors, par ailleurs téléspectateurs de TF1, prendront acte du mépris pour leur personne et leur spécificité qui transpire de cette déclaration. La réalité est que Monsieur Le Lay est prisonnier de son personnage et a une fois de plus perdu les pédales dans ce dossier ce qui m’inspire les interrogations suivantes : TV Breizh, candidate sur la TNT, ne participe-t-elle pas du même folklore ? parlons nous du même Monsieur Le Lay venu en personne défendre la candidature de la chaîne bretonne, parfois en breton, en prônant la défense de toutes les cultures et toutes les identités ? est ce toujours ce même Monsieur Le Lay qui acheva sa présentation sur ces mots : « Je veux faire réfléchir la société sur la nécessité de donner la parole à tout le monde, puisque les mentalités ont évolué on peut évoluer un peu »

Monsieur Marillat, je vous remercie.

Merci.

Propos recueillis par Jean-Luc JULIEN pour TVNT.net (le 28/06/02)

 

Interview de Christophe Cornillet, Responsable de l'ingénierie DVB-T à TOWERCAST : Towercast prêt pour la TNT

Les acteurs de la future TVNT ont chacun un rôle (parfois 2). Il y a :

- les éditeurs de programmes (66 candidats)
- les distributeurs commerciaux (ORANGE)
- les industriels (NETGEM, THOMSON MULTIMEDIA et VIVENDI UNIVERAL)
- les opérateurs techniques/diffusion, (ANTALIS, TDF, TOWERCAST)

Les débuts de TOWERCAST commencent en 1986 par la création de SOGETEC. En 1994 NRJ rachète la société, qui devient le 1er juin 2000 TOWERCAST.

Septembre 2001 : TOWERCAST procède à une 1ère phase d'expérimentation sur la canal 67 (accordé provisoirement par le CSA) à partir de 3 sites :

- Porte Maillot
- Porte de Sèvres
- Porte de Bagnolet

Cette 1ère phase est constituée de :

- 6 programmes de télévision (VOYAGE, COMEDIE ! PATHE SPORT, FASHION TV, ZIK et XXL)
- d'un programme audio Dolby Digital multicanal.

Christophe CORNILLET (Responsable de l'ingénierie DVB-T à TOWERCAST) : ""Cette 1ère phase s'est achevée en janvier avec des mesures sur le terrain du niveau de champs, du taux d'erreur, afin de valider la couverture TNT sur l'ensemble de Paris. Nous allons nous attaquer à une 2ème phase d'expérimentation, avec une 2ème fréquence supplémentaire (le canal 35). Dans le cadre de cette 2ème phase, on va :

- tester un service interactif multimédia associé à un
programme audiovisuel ;
- tester le contrôle d'accès ;
- faire de la diffusion d'application de données de type IP pour faire du streaming associé à du MPEG4 par exemple ;
- faire des tests de téléchargement de terminaux numérique pour les mettre à jour, les "débugger" ou leur ajouter des fonctions selon les souhaits de l'industriel.

Il y aura aussi une validation de notre solution de contribution satellite, puisque dans le cadre de la distribution nationale opérationnelle, l'alimentation des différents émetteurs régionaux sera faîte par le satellite. On va donc tester avec un partenaire (courant juin je pense), que vous découvrirez sous peu, notre vecteur satellite".

Question : Avec l'arrivée de la TNT pourra-t-on se passer de l'antenne "râteau" ?

"Oui et non. Quoi qu'il en soit, l'antenne classique que chacun a sur le toit (qui est
soit individuelle, soit collective) restera toujours la meilleure solution. Toutefois, une grande partie de la population pourra s'en affranchir ; Dans les zones où la qualité de réception sera optimale (proche des émetteurs), on pourra se contenter d'une réception intérieure, type portable ; une petite antenne intérieure sera nécessaire. Bien souvent, elle pourra être intégrée au récepteur. Certains appareils auront des antennes qui ne se verront même pas.

Question : Avez-vous étudié cela avec NETGEM ?

"Il appartient à chaque industriel de définir le type d'antenne qu'il veut intégrer ou pas. Il y aura des produits qui ne marcherons qu'avec l'antenne extérieure, donc avec le râteau ; d'autres fonctionneront bien avec une petite antenne intérieure. Intérieure dans le sens où l'antenne sera posée sur le récepteur du salon, donc dissociée du terminal. Il y aura des terminaux où l'antenne sera intégrée et invisible".

Question : Qu'en sera-t-il dans les petits villages ?

"Cela va dépendre du niveau de champs qui sera présent sur les villages en question. Rien n'empêche une collectivité locale d'employer une ré-émetteur pour renforcer le champs local ; il y a donc des solutions techniques qui permettent soit de renforcer localement le champs (améliorer la réception), soit de boucher une zone d'ombre.

Question : Quelle différence y a t-il entre vous et TDF ?

"On peut être différent, même si on se positionne globalement sur le même métier. Nous TOWERCAST avons un réseau qui va nous permettre de densifier plus rapidement le champs dans les zones urbaines. Les sites de TDF sont historiquement des sites ruraux, généralement à environ 30-40 km des villes (cas particulier Paris). Nous avons des sites propriétaires dans les zones urbaines, et même dans les petites zones urbaines, qui sont historiquement les sites de diffusion de NRJ. Si on bascule ces sites-là en numérique, il est bien évident que toute la ville qui est autour va profiter d'une qualité de réception bien supérieure à ce qu'est l'analogique actuellement. 

Notre différence est donc là ! Nous avons des sites dans les villes. Si on veut donner une bonne qualité de signaux aux français, qui majoritairement sont en ville, il faut des sites à proximité des agglomérations, voir dans les agglomérations. 

TOWERCAST n'est pas TDF. C'est une autre capacité, c'est une autre manière de
gérer le service. On est bel et bien sur le même métier, mais on le fait différemment".

Question : Votre conclusion ?

"Nous sommes prêts, on attend nos clients !"

Propos recueillis par Marie-Laure ARGELIER (mai 2002)
Sources : TOWERCAST et France Télévisions (décembre 2001)

 

Interview de Guy Le Maréchal, responsable de la gamme de produits de Netgem : présentation du boîtier NETGEM

Q : votre décodeur marchera t-il sur un vieux téléviseur ?

Guy LE MARECHAL : C'est tout l'intérêt d'avoir un décodeur. Ca permet de connecter ce type d'équipement avec n'importe quel téléviseur.

Q : Parlez-nous de l'interactivité ? 

G. LE MARECHAL : On retrouve des fonctionnalités qui relèvent des métiers historique de Netgem, c'est à dire la possibilité :

- de recevoir/d'envoyer des mails
- d'accéder à Internet
- de faire du "chat"
- d'écouter de la musique

On retrouve donc :

- La télévision numérique (réception des émissions numériques sur un téléviseur standard via une antenne conventionnelle, accès aux chaînes gratuites et payantes, service télétexte et sous-titrage multilingues...).

- L'interactivité au format HTML (Email, forums de discussion et accès à internet. Téléchargement automatique de contenus et services personnalisés. Connexion haut débit possible...).

Q : Comment peut-on accéder à Internet ?

G. LE MARECHAL : On a des services stockés en local comme le jeu Tétris, des sites prévus pour la télévision... Tant que l'utilisateur ne cherche pas d'information, il peut rester en local, il n'a pas besoin de se connecter. Par contre, s'il saisit le nom d'une personne, une adresse, il doit se connecter au serveur de France Télécom pour aller récupérer cette information.

Q : Peut-on regarder la télévision sur le web ?

G. LE MARECHAL : Non. On a des problèmes de débit sur une voie de retour V90 - 56 kb/s. Cela ne permet pas vraiment de faire du streaming.

Q : Le numérique terrestre ne permettra pas de recevoir des chaînes étrangères. Sera-t-il possible d'avoir un doublage en langues étrangères (comme c'est le cas par exemple pour les films en DVD) ?

G. LE MARECHAL : Le boîtier gère ce genre de chose. Mais ce sera à la discrétion des éditeurs. C'est aux différentes chaînes de proposer 1 ou plusieurs langues au public.

Q : Conclusion ?

G. LE MARECHAL : 70 % de gens passeront à la TNT. D'ici 10 à 15 ans, il y aura suppression du canal analogique.

Interview réalisée le 28/03/02 par Marie-Laure ARGELIER

 

Interview de Grégory SAMAK, directeur du projet numérique du groupe AB (avril 2002)

AB GroupeGrégory SAMAK, directeur du projet numérique du groupe AB et visiteur fidèle de TVNT.net, a bien voulu répondre aux questions posées par Jean-Luc JULIEN, webmaster et journaliste de TVNT.net. M. SAMAK nous présente les projets de chaînes déposés au CSA par AB.

Jean-Luc JULIEN pour TVNT.net : Le Groupe AB est candidat pour 10 canaux. Pouvez-vous nous présenter ces différents projets ? Leurs forces ?

Grégory SAMAK : Nous avons conçu ces 10 dossiers avant tout dans le but de permettre au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel d'avoir la plus grande liberté possible dans l'élaboration du plan de services de la TNT. Nos dossiers ont donc été calibrés avec cet objectif, notamment en gratuit, la meilleure offre possible. Il nous est apparu assez clairement qu'il risquait d'y avoir un consensus objectif entre les autres grands éditeurs du câble et du satellite pour conserver une économie majoritairement payante à toutes les grandes chaînes thématiques et bloquer ainsi la perspective de l'ouverture, à terme, du marché publicitaire national. Or, selon nous la TNT a fondamentalement besoin d'une offre gratuite très forte, qualitativement et quantitativement. C'est la raison pour laquelle, parmi nos 10 projets, 6 sont proposés en gratuit.

La suite des événements nous a donné raison puisque sur les 69 dossiers déposés, on en recense que 22 en clair et seulement une petite dizaine de projets émanant des grands éditeurs établis. La seule rupture de consensus s'est opérée sur le terrain des chaînes musicales jeunes puisque, suivant visiblement les déclarations des groupes Lagardère et NRJ, tous les projets musicaux ont été déposés en clair, y compris celui de M6. 
Nous avons jugé - je pense à juste titre - qu'il était vital de rompre ce consensus tacite sur le payant pour les autres thématiques. Nous avons donc déposés en clair 6 nouvelles chaînes dont Post (projet de chaîne culturelle et CSP+), TooKa (dédiée au enfants), Domino (consacrée au Temps libre) Mix (Musicale jeune), Néo (pour les 15-35 ans) et NT1 (Grande chaîne généraliste).

Avec NT1 (qui est le seul projet de nouvelle chaîne vraiment généraliste puiqu'elle propose, outre des magazines et de la fiction, un Journal Télévisé quotidien complet ), TooKa, Post et Néo sont les seuls projets gratuits à avoir été proposés sur leurs thématiques respectives.
Nos projets payants sont RTL9 et AB1, chaînes que le grand-public connaît bien et dont je pense pouvoir dire qu'il les plébiscite. Il y a, pour finir deux nouveaux projets payants, baptisés Terra Nova et Jules TV qui sont respectivement une grande chaîne documentaire centrée sur la Planète et l'Environnement et une chaîne dite "de l'homme moderne" qui diffuse des magazines, des fictions, des documentaires, de l'actualité sportive, du cinéma et, de 22h30 à 3h du matin une programmation pour adultes qui sera dotée d'un dispositif de double cryptage inédit en hertzien.

TVNT.net : Quelles adaptations devra opérer le groupe AB pour que RTL9 (chaîne luxembourgeoise) puisse prétendre à un canal sur le réseau hertzien numérique français ?

G.S. : RTL9 a demandé au CSA d'engager avec elle une discussion globale sur le statut applicable à la chaîne dans l'hypothèse de son autorisation en numérique hertzien en France. Le dossier est complexe et devra se régler de manière posée et réfléchie. RTL9 est prête à rallier, à terme, les grands objectifs de la politique culturelle et audiovisuelle française, surtout en ce qui concerne sa contribution éventuelle à la production audiovisuelle et cinématographique française. Celle-ci pourrait être tout à fait significative.

TVNT.net : La plupart des opérateurs existants se contentent de chaînes déjà présentes sur le câble et le satellite. Pourquoi autant de nouveaux projets du côté d'AB, alors que vous possédez déjà une vingtaine de chaînes qui auraient leur place sur la TNT ?

G.S. : La raison est simple. Il très difficile de faire passer une chaîne, en cours de route, d'une économie payante à une économie strictement gratuite. De plus, notre logique d'édition en hertzien ne saurait être la même que celle que nous avons eue depuis bientôt 7 ans sur le câble et le satellite. Les deux supports implique une approche programmatique et financière différente qui nécessite, selon nous, des marques et des contenus différents.

TVNT.net : Toutes ces nouvelles chaînes seront-elles "candidates" sur les réseaux câblés et le satellite pour une meilleure initialisation ?

G.S. : Bien sûr, ces chaînes auront vocation à être présentes sur tous les supports. C'est une des conditions élémentaires de leur économie. Les réglementations française et européennes nous donnent des raisons d'être confiants sur la présence de ces nouvelles, y compris payantes, sur les plans de services des opérateurs du câble et du satellite en France et sans doute ailleurs en Europe francophone. Cela sera sans doute aussi un besoin pour les distributeurs que de pouvoir proposer ces chaînes à leurs abonnés.

TVNT.net : NT1 est un projet qui paraît (sur le papier) très ambitieux, mais aussi très risqué : une "petite" généraliste dans la cour des grandes. Comment pourra-t-elle rivaliser avec TF1, France 2 ou M6 ?

G.S. : AB Groupe, du fait de son catalogue de droits, de son expérience en matière de production et de sa capacité financière est, à mon avis, le seul acteur à avoir les moyens de cette ambition. Que l'on nous donne simplement les moyens de démontrer notre savoir-faire. Je rappellerai simplement aussi que AB Groupe est notamment l'éditeur de la première chaîne du câble et du satellite en France et qu'au cours de l'année 2001, 27 des 100 meilleures audiences de la télévision hertzienne ont été réalisées par des programmes qui proviennent de son catalogue (Navarro, L'instit, Une femme d'honneur, etc...).

TVNT.net : Toujours à propos de NT1. Quelle place pour l'information ? Les divertissements ? La fiction ? Quel sera le budget de la chaîne ?

G.S. : Le budget de NT1 est de 35 millions d'euros. Sa grille est celle d'une généraliste qui consacrera à l'information et au divertissement la place que ces genres occupent dans toutes les grandes chaînes généraliste. Les horaires de programmation ont, par contre, été adaptées en conséquence. Par exemple, il serait inutile de programmer un JT en frontal à 20h avec TF1 ou France 2 sur une nouvelle chaîne hertzienne numérique : la grille de la chaîne a été conçue, dans chacun de ses registres, pour permettre une écoute à la fois concurrentielle et alternative.

TVNT.net : Quand serez-vous prêt pour le démarrage commercial de vos services de TNT ?

G.S. : Nous plaidons pour un démarrage le plus tôt possible. Nous serons confrontés à des contraintes techniques comme tous les autres opérateurs mais nous en avons fait un recensement que je crois exhaustif. Nous avons un objectif de principe fixé au mois de décembre 2002, si le CSA et les autres éditeurs autorisés sur notre multiplex sont prêts à coordonner les actions de tous les acteurs impliqués.

TVNT.net : Un petit commentaire sur les projets concurrents... sur l'ensemble des dossiers présentés au CSA ?

G.S. : Je laisserai volontiers aux journalistes le soin de commenter la nature des projets déposés par nos concurrents.

TVNT.net : Qu'attendez-vous d'un site Internet comme TVNT.net ?

G.S. : Je trouve très révélateur que des passionnés, qui ne sont pas partie prenante dans les stratégies commerciales des grands groupes de communication, prennent d'eux-mêmes l'initiative de créer un site Internet et d'informer le public sur un sujet aussi passionnant que celui de la TNT. C'est à mon sens, en soi, une initiative assez édifiante de l'intérêt que ce nouveau support pourrait susciter au sein du grand-public. C'est aussi un formidable contrepoint aux discours négatifs de certains opérateurs qui pourraient avoir la tentation d'oeuvrer à condamner l'avenir au motif que le passé (sur le câble et le satellite) a été un échec relatif. C'est loin d'être le point de vue de AB Groupe, vous l'avez compris. A nous tous d'informer les gens autour de nous, le public, de cette révolution audiovisuelle qui s'annonce. A nous aussi, de réaliser toutes les conditions pour qu'elle rencontre un vrai succès populaire, ce qui demandera de longs et de nombreux efforts. Donc, bravo à vous pour votre initiative et bonne route...

Grégory SAMAK a été interviewé par Jean-Luc JULIEN (TVNT.net) le 5 avril 2002 (copyright TVNT.net-2002).

 

Interview d'Alexandre SARNO, journaliste-présentateur sur CanalWeb

Présent au "petit-déjeuner de la Sorbonne" organisé au Sénat le 14 mars, CanalWeb (groupe de chaînes diffusées sur Internet) a tenu à participer au débat sur la TNT... pourquoi, alors qu'elle a son propre créneau et son propre public ? Quel rôle veut t-elle jouer dans la TNT ?

Alexandro SARNO (journaliste-présentateur) : "On a pensé que notre apport serait surtout en terme d'interactivité et également en terme de contenu."

Q : Interactivité ?

"Les canaux attribués au service public devraient d'avantage faire du free-accès et donner la parole aux téléspectateurs, au public. Nous avons vu dans des soirées que nous faisons que les jeunes avaient très envi de parler et cela a étonné tout le monde qu'il y ait une implication aussi forte.

Je pense que le service public se doit de faire en sorte que ce support qu'est la télévision puisse exploiter ce qu'il y a de plus beau et de mieux, c'est-à-dire la communication et l'accessibilité avec l'ensemble des gens."

Q : Quiero TV pour l'Espagne et ITV Digital pour la Grande-Bretagne ont jusqu'au 15 avril pour trouver un repreneur sous peine de fermeture. Y a t-il un avenir pour la TNT en France ?

"Je crois que la TNT va marcher si le contenu de programmes est intéressant et ne marchera pas s'il s'agit d'en faire un doublon de ce que l'on peut déjà voir.

Ce qui pourrait marcher à la limite, ce sont les télévisions locales car les gens aiment bien avoir une information locale. Vous voyez bien que le grand journal télévisé de TF1 à 13 H se recentre sur les problèmes des régions. On est à l'ère de la proximité !"

Q : Votre mot de conclusion ?

"Il est adressé à tous ces dirigeants qui sont très institutionnalisés : ayez de l'audace dans les programmes et vous verrez que cela marchera !"

Alexandre SARNO a été interviewé par Marie-Laure ARGELIER lors du "Petit-déjeuner de la Sorbonne" organisé le 14 mars 2002.

 

Entretien avec le Président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel pour Satellites Infos n°111

Dominique Baudis : "Le CSA s'efforce de préparer le lancement du numérique dans un climat de concertation et de pragmatisme."

Satellites Infos : L'arrivée du numérique hertzien représente-t-elle selon vous un bouleversement aussi important que l'explosion de la bande FM pour les radios ?

Dominique Baudis : Les deux événements ne semblent pas totalement comparables : avant explosion de la FM, il existait en France une dizaine de radios. En télévision, la France possède déjà une offre abondante de chaînes : chaînes thématiques, chaînes étrangères, canaux locaux du câble... : le numérique terrestre devra s'insérer dans ce paysage. De plus la FM s'est développée sur une base locale, tandis que pour la TNT le législateur a prévu que cohabiteraient des chaînes nationales et des chaînes régionales ou locales. Cela dit le numérique hertzien permettra de voir arriver de nouveaux acteurs et de nouvelles chaînes sur notre télévision hertzienne. Il devra conduire à un élargissement réel de la liberté de choix du téléspectateur, dans une logique de diversité et de pluralisme, comme l'a rappelé à plusieurs reprises le CSA. Il devra aussi contribuer à l'émergence des télévisions locales et de proximité, même si l'équation économique reste probablement à affiner, en l'absence par exemple du fonds de soutien spécifique que le CSA avait appelé de ses vœux dans sa réponse au livre blanc du gouvernement en 1999.

Le CSA a procédé à plusieurs séances de concertations avec les professionnels : comment va s'organiser la planification des fréquences et le passage de l'analogique au numérique ?

Il est vrai que le CSA s'efforce de préparer le lancement du numérique dans un climat de concertation et de pragmatisme, sous le pilotage d'Yvon Le Bars, membre du Conseil. Ainsi le CSA a mené l'an passé une consultation sur la planification des fréquences, il accueille régulièrement une commission technique consacrée à la TNT, et une concertation devrait être lancée prochainement en préparation de l'appel aux candidatures. Les travaux relatifs à la planification des fréquences se poursuivent normalement et un premier plan de fréquences sera publié à la fin du mois de juin. Il fournira des informations sur environ trente premiers sites ou zones de diffusion et comportera également des indications sur les sites dont la planification doit intervenir ultérieurement. L'objectif est toujours de lancer un appel aux candidatures pour des chaînes nationales avant la fin du mois de juillet prochain, à condition que soient connues avant cette date les dispositions du décret qui définit le régime des chaînes numériques. Les appels aux candidatures pour des télévisions locales numériques seront ouverts dans un second temps et zone par zone, en fonction de l'avancement de la planification.

Le CSA a réaffirmé à plusieurs reprises la nécessité d'un régime d'autorisation service par service ... Qui " permettra d'éviter tout verrouillage du marché ". Le marché s'organisera-t-il comme celui du câble (un opérateur unique par zone mais plusieurs opérateurs concurrents en France) ou comme celui du satellite ( deux opérateurs concurrents dans toute la France) ?

La loi a laissé une large marge de manœuvre aux acteurs pour organiser le marché et pour que s'articulent les différents métiers qui collaborent à la TNT. Elle prévoit qu'une concurrence s'exerce au sein de chacun de ces métiers : éditeur de chaînes, opérateur de multiplex, distributeur d'offres commerciales, diffuseur. A la différence du câble ou du satellite, il n'y a pas de facto un opérateur central fondé à organiser le marché. Par exemple, les éditeurs de chaînes payantes auront toute latitude pour passer des accords entre eux, ou avec un, voire plusieurs, distributeur afin de commercialiser leurs chaînes auprès du public.

Le CSA a tenu plusieurs réunions de travail avec la DATAR au sujet du développement des réseaux de TNT. Concrètement, comment les deux organismes vont-ils collaborer ?

La DATAR possède une connaissance des dynamiques régionales et locales qui est précieuse. Nous avons sollicité son avis pour le découpage des appels aux candidatures locales, afin de préciser l'architecture des réseaux locaux et de tenir compte des initiatives qui émergent. Le Conseil doit justement rencontrer prochainement Jean Louis Guigou afin de réfléchir à la façon dont on pourrait renforcer cette coopération entre le CSA et la Datar.

On parle beaucoup de la portabilité et de la mobilité, quelle est votre position sur cette question ?

A la suite de la consultation technique menée en 2000 par le CSA, il est apparu souhaitable d'augmenter les possibilités de réception portable en choisissant une puissance de diffusion plus forte, lorsque cela est possible, et prévoyant des sites complémentaires. La commission technique réunie par le CSA présentera prochainement des propositions dans ce sens. La réception mobile a probablement de l'avenir. Mais aujourd'hui, puisque la TNT doit démarrer dans moins de deux ans, nous n'avons pas assez de visibilité pour décréter que la TNT doit être reçue sur des postes mobiles. Avec la technologie actuelle, cela nécessite de consacrer à la diffusion d'un programme beaucoup plus de bande passante qu'en réception fixe, ce qui limiterait la place pour de nouvelles chaînes.

Quel sera le calendrier de lancement de la TNT ?

D'ici le mois de juillet, le CSA publiera une première liste des fréquences destinées au numérique hertzien. Un appel aux candidatures pour des chaînes nationales sera lancé fin juillet. Le CSA envisage d'informer les candidats retenus au début du deuxième trimestre 2002, et de conclure l'autorisation des chaînes avant mi-2002. Les chaînes présentes sur une même fréquence devront ensuite choisir un opérateur de multiplex et un diffuseur, et organiser leur commercialisation dans le cas des chaînes payantes. De façon parallèle, la planification des sites de diffusion et des fréquences sera poursuivie et des appels aux candidatures locales seront peu à peu lancés sur les sites planifiés.

Propos recueillis par Yannick Urrien pour Satellites Infos n°111

 

Le directeur général de TDF présente la stratégie du groupe dans le domaine du numérique terrestre pour Satellites Infos n°111

Marc Rennard : “Le numérique terrestre permettra de réduire la fracture numérique en France.”

Satellites Infos : Quelle est la stratégie de TDF face à l'arrivée prochaine du numérique terrestre ? Pensez-vous jouer le rôle que vous avez dans la diffusion des chaînes en analogique, compte tenu du fait que vous n'êtes pas en situation de monopole avec ce nouveau mode de diffusion ?

Marc Rennard : Nous n'étions déjà pas en situation de monopole dans l'analogique, puisque nous avons une concurrence dans la diffusion des chaînes privées et certains opérateurs ont déjà choisi partiellement de se diffuser. Il est vrai que pour le numérique terrestre, tout le monde sera sur la même ligne de départ. Notre rôle sera globalement le même, à savoir être le prestataire de diffusion des opérateurs de la télévision numérique. Toutefois, il y a un élément différent car jusqu'à présent, notre client était un éditeur de programmes, alors que demain notre client devrait être un opérateur de multiplexes. Nous avons donc l’ambition d'avoir le même rôle, mais nous envisageons d’élargir notre prestation sur l'insertion des programmes locaux et la gestion technique des multiplexes et des décrochages.

Les sites que vous possédez sont-ils adaptés à la télévision numérique terrestre ? La diffusion numérique terrestre peut-elle se comparer, sur le plan de la diffusion technique, à l'analogique ?

Il y a des proximités. Toutefois, pour répondre précisément à cette question, il faudra analyser les planifications que devra prochainement publier le CSA. La loi prévoit que le CSA devra définir des zones de diffusion et des lieux dans lesquels pourront être implantés les sites qui serviront de points de diffusion. Compte tenu du système de planification qui a été retenu, il y a une planification d'abord en fixe, avec des compléments de portabilité. Toutefois, il est clair qu'un bon site de diffusion en analogique est un critère favorable pour diffuser en numérique. Cependant, nous pouvons avoir des sites alternatifs, dans un certain nombre de cas, qui se trouveront dans une zone proche des sites existants. Nous allons utiliser des sites existants, mais aussi des sites nouveaux, que nous irons chercher chez nos concurrents ou qui seront spécialement construits. Nous pouvons avoir, dans certains cas, de meilleurs sites que les sites existants et, parce que d'autres sites ne supporteront pas de nouvelles charges sur les pylônes, nous serons amenés à renforcer, voire à construire de nouveaux pylônes.

De quel ordre estimez-vous la marge d'erreur que l'on pourra trouver entre la théorie et la pratique ?

Toutes les expérimentations que nous avons faites montrent que nous sommes plutôt dans un schéma de simplification, qui peut être comparable au principe de diffusion de la FM. Nous avons également l'expérience du DAB, même si ce n'est pas un succès commercial, qui se rapproche assez de ce que l'on trouvera en numérique. Les zones de couverture sont très proches de celles de l'analogique mais, comme vous le soulignez, on ne peut pas exclure totalement des trous dans certaines zones. Globalement, nous n'avons pas constaté de problèmes majeurs à partir du moment où nous émettions avec une puissance majeure.

Allez-vous donc rechercher des micro-sites dans les grandes villes ?

Probablement oui. Mais pour répondre précisément à cette question, il faut connaître la planification du CSA. Si le CSA favorise la portabilité, nous devons avoir décidé de construire des sites nouveaux par rapport aux sites actuels de diffusion analogique. Nous avons des sites construits spécialement pour la FM ou pour les radiocommunications, nous pouvons aller sur les sites de nos concurrents et nous pouvons construire nos propres sites. On estime que pour couvrir une agglomération en favorisant la portabilité, il faudra disposer de 2 ou 3 sites de complément par rapport au site principal. En effet, les sites historiques de diffusion de la télévision sont plutôt situés loin des villes, alors que les sites FM sont assez proches du centre ville. Mais tout dépendra de la décision du CSA.

Qu'est-ce que la portabilité ?

Il aura trois modes de réception possible. La réception en mode fixe : un téléviseur est raccordé à une antenne de télévision classique. La portabilité : on peut prendre son téléviseur et le déplacer d'une pièce à une autre, sans être raccordé à une antenne radio. La mobilité : la possibilité d'avoir un téléviseur dans une voiture et de se déplacer avec. Cette troisième possibilité ne fonctionne pas encore, nous avons fait des tests et nous avons démontré, depuis la Coupe du monde de football, que c'est une solution possible. Mais il y a encore des obstacles techniques qui sont liés à la difficulté que l'on a à passer d'un émetteur à un autre avec un même poste. La mobilité offre une difficulté majeure car c'est un système très consommateur de fréquences et à ce jour, le CSA n'a pas retenu la mobilité en mode principal de planification, puisque cela réduirait très sensiblement le nombre de programmes. Nous pensons que nous allons vers cette notion de mobilité, mais pas avant de nombreuses années. En revanche, la portabilité devrait pouvoir se développer d'une façon importante. Nous n'avons pas une position dogmatique sur cette question, mais nous pensons que plus la portabilité se développera, plus il y aura d'infrastructures et de perspectives de développement d'activités.

Quelle proportion du territoire sera concernée par la portabilité ?

La portabilité devrait concerner à peu près 50% de la population, essentiellement celle qui est située à proximité d'un émetteur. La portabilité naturelle devrait toucher 40% de la population, mais elle pourra être améliorée par des compléments de desserte.

Avez-vous commencé à vous équiper ?

Nous n'avons pas commencé, puisque n'avons pas encore de clients et nous ne connaissons pas encore les sites qui seront retenus par le CSA. Nous avons réalisé des études sur la capacité à installer des émetteurs et des antennes sur un certain nombre de nos sites afin de respecter un engagement que nous avions pris, qui est de proposer à nos concurrents qui le souhaitent de pouvoir être accueillis sur nos propres sites. Nous avons élaboré une tarification et nous avons maintenant un travail de renouvellement de certains pylônes à engager. Nous engagerons les commandes sur les émetteurs à l'automne prochain. Nous allons commencer à commander les émetteurs à un moment où nous n'aurons pas encore nos clients, puisque le CSA lancera son appel d'offres en juillet et il est peu probable que les attributaires soient désignés avant la fin de l'année. Nous discutons avec les industriels, afin de voir dans quelle mesure nous pouvons anticiper les commandes sans prendre d’engagements fermes. Nous sommes donc dans une logique d'investissement. Nous sommes dans une situation concurrentielle et, en tant que leaders de la profession, nous faisons des investissements par anticipation.

Comme vous proposez à vos concurrents de les accueillir sur vos propres sites, on peut donc imaginer que vous souhaitez également accéder à certains sites de vos concurrents...

Oui...

Alors, comment allez-vous vous différencier sur le plan des offres commerciales ?

Nous avons formellement proposé à nos concurrents de les accueillir sur nos sites. Nous avons par ailleurs demandé à nos concurrents de nous proposer leurs sites pour que nous puissions y aller, mais nous ne lions pas les deux. TDF a déclaré publiquement que ces sites étaient ouverts sans conditions préalables.

Mais ne prenez-vous pas ainsi le risque de faire entrer le loup dans la bergerie ?

Probablement, mais c'est un risque calculé parce que nous pensons nous différencier sur le reste de la prestation. Les concurrents qui viendront chez nous auront, pour la partie accueil sur site, les mêmes caractéristiques que nous et ils bénéficieront des mêmes conditions économiques. En revanche, il y a toute une partie de la prestation qui sera concurrentielle et différenciée : la gestion des émetteurs, les décrochages, la cartographie, l'exploitation des services interactifs et la gestion du maillage territorial. Il y a un large champ pour se différencier. Nous avons la même situation en FM, où des opérateurs concurrents se retrouvent souvent sur un même site, alors qu'il y a des différences dans la qualité de service. Nous estimons que le point haut va se banaliser et que ce ne sera plus un lieu de débats. C'est sur le service que la différence va se faire. Nous avons réussi à le faire en FM, en DAB et dans la diffusion des radiocommunications, je crois que nous ferons de la même manière pour la télévision numérique.

Quel est le poids de ces prestations annexes ?

Aujourd'hui, dans le prix de la diffusion globale, la partie site pèse de l'ordre de la moitié.

Quand sera effectué le lancement de la télévision numérique terrestre ?

Nous nous mettons en situation d'être prêts pour les dates qui ont été publiquement communiquées par le CSA : le deuxième semestre 2002 pour l'ouverture commerciale. Pour que le lancement commercial soit réussi, il faut que les réseaux soient opérationnels au cours de l'automne 2002, afin que les ventes de Noël puissent se faire dans de bonnes conditions. Techniquement, nous serons prêts au cours de l'été 2002. Maintenant, c'est au CSA de fixer le calendrier. Nous souhaitons qu'une date soit fixée le plus rapidement possible, afin de mobiliser toutes les énergies. Ce n'est pas simplement une affaire technique, il y a surtout un enjeu marketing et commercial.

Quel pourcentage de la population pensez-vous couvrir en septembre 2002 ?

Nous ferons tout pour être prêts là où le CSA aura publié les autorisations et là où les opérateurs de multiplexes nous le demanderont. Aujourd'hui, nous avons identifié une cinquantaine de sites sur lesquels nous serons prêts si le CSA les retient.

Quand pensez-vous que les chaînes nationales cesseront d'être diffusées en analogique ?

Le développement de la télévision numérique terrestre sera accéléré par la perspective d'arrêt de la diffusion analogique. Actuellement, aucun pays qui n'a pas eu une quelconque expérience sérieuse dans le domaine de la télévision numérique terrestre, n’a de perspective à moins de dix ans. Par exemple, en Grande-Bretagne, la télévision numérique terrestre a été lancée en 1998 et rien ne permet aujourd'hui de penser que la télévision analogique pourrait s'arrêter avant 2008. La date de 2006 avait été évoquée, mais elle s'est transformée en rendez-vous où l’on dirait simplement ce que l'on ferait. Je constate que nous continuons à installer des émetteurs analogiques car tous ces processus sont très longs. Je pense que la télévision analogique commencera à disparaître une douzaine d'années après le lancement du numérique hertzien.

Que pensez-vous de l'expérience britannique dans le domaine de la télévision numérique terrestre ?

Il y a deux exemples dans le domaine de la télévision numérique terrestre. Le mauvais exemple est celui de la Suède, où tout a été réglementé avec des attributions canal par canal et les processus étaient lourds. En Grande-Bretagne, il semble que ce soit un succès commercial mais pas encore un succès économique. L'approche britannique, qui a permis de faire émerger un opérateur qui a réellement eu les moyens de créer une offre marketing et commerciale forte, nous semble efficace. Il est important que le grand public ait des repères avec une offre cohérente et coordonnée. J'ai du mal à imaginer qu'il y ait cinq ou six opérateurs payants et différents sur le marché.

Est-ce que le succès du numérique terrestre peut avoir des conséquences sur l'avenir économique de TDF ?

Le numérique terrestre est à l'évidence une opportunité de développement pour TDF, mais ce n'est qu'un axe de croissance. Nous poursuivons une croissance plus importante aujourd'hui dans le domaine des prestations aux opérateurs de télécommunications, ainsi qu'à l'international. Le numérique terrestre est une opportunité de croissance et si ce système devait se développer, nous chercherions à être l'un des acteurs importants de ce marché, mais l'avenir de TDF n'est aucunement lié à l'existence de ce marché. TDF représente 4,8 milliards de chiffre d'affaires, dont 2 milliards en télévision, 1 milliard en diffusion radio, 1 milliard en prestations pour les opérateurs de radiocommunications, 500 millions dans les services vidéo et le reste dans des activités de développement, comme les transports intelligents ou les services de mobilité.

Propos recueillis par Yannick Urrien pour Satellites Infos n°111

 

Patrick Ballarin, Réservoir Prod, pour Satellites Infos n°111

Patrick Ballarin, directeur Associé de Réservoir Prod : “L’indépendance et le caractère national de Reservoir situent cette société sur un créneau différent de celui des grands groupes internationaux."PATRICK BALLARIN (Photo : Satellites Infos)

Reservoir Prod, la société de production de Jean-Luc Delarue, souhaite occuper une place importante dans le développement du numérique hertzien. Patrick Ballarin, qui fût notamment directeur du marketing de France Télévision puis responsable des développements numériques des chaînes publiques, vient de rejoindre Reservoir Prod en tant que directeur associé. Il nous expose la stratégie de son groupe dans ce domaine.

Satellites Infos : Que représente l’arrivée de la télévision numérique terrestre pour un groupe comme Réservoir Prod ?

Patrick Ballarin : Grâce à la technologie numérique, l’ensemble de la population française va pouvoir bénéficier, au-delà d’une meilleure qualité de son et d’image, d’une offre de programmes élargie majoritairement gratuite (y compris dans le domaine de la télévision locale), et aussi de toute une gamme de services interactifs. Une offre nouvelle va venir compléter celle des grandes chaînes généralistes actuelles d’une part, et celle des chaînes thématiques payantes d’autre part. Grâce à la démultiplication des canaux et des cases horaires de diffusion, l’offre télévisuelle sera plus diversifiée pour mieux couvrir la multiplicité des centres d’intérêt des téléspectateurs et proposera des horaires de diffusion mieux adaptés à l’emploi du temps des différents segments de population.

Le passage à la télévision numérique terrestre va générer une expansion du secteur audiovisuel qui, grâce à l’équité des cadres législatifs et réglementaires adoptés par le gouvernement et le CSA, va constituer un potentiel de croissance pour tous les acteurs, historiques ou nouveaux, qui sauront en tirer parti. En particulier, l’accroissement et la modification des besoins en contenu vont créer des débouchés supplémentaires pour les sociétés de production. Le groupe Réservoir s’efforcera de saisir cette opportunité en proposant des programmes pertinents et adaptés à cette nouvelle offre télévisuelle.

Réservoir Prod est l’une des dernières grandes sociétés françaises indépendantes : votre participation au numérique terrestre constitue-t-elle un moyen de rivaliser avec les grands groupes internationaux ?

Le secteur de la production audiovisuelle se trouve sur un marché fortement concurrentiel. Dans ce marché en expansion grâce à la télévision numérique terrestre, l’objectif pour Réservoir est, comme pour toute entreprise dans son secteur, de pouvoir continuer à croître en sachant s’adapter à ce nouvel univers. L’indépendance et le caractère national de Réservoir situent ce groupe sur un créneau différent de celui des grands groupes internationaux dont la stratégie commerciale repose essentiellement sur l’importation de formats étrangers. En opposition à ce marketing de l’offre, la démarche de Réservoir, qui s’efforce de proposer des concepts originaux répondant aux attentes des téléspectateurs français se situe dans un contexte marketing orienté vers la demande.

Réservoir Prod a un catalogue important de magazines de société. Est-ce dans ce domaine que l’on va vous retrouver ?

C’est effectivement dans le domaine des programmes de société que Réservoir s’est associé avec Pathé dans la télévision numérique terrestre. La répartition des rôles est claire : Pathé se positionne sur son métier de diffuseur et d’éditeur de programmes, et Réservoir sur celui de producteur de contenu. Il ne s’agit pas pour nous d’exploiter un catalogue mais plutôt le savoir-faire et la capacité créative de Réservoir pour développer des émissions innovantes dans ce domaine. En effet, le comportement des français est en perpétuelle évolution, leurs centres d’intérêts se multiplient, et ils nourrissent vis-à-vis de la télévision des attentes nouvelles avec de plus en plus d’exigence.

Pour une chaîne située sur le créneau de la société, telle qu’elle est perçue par les Français dans leur vécu quotidien, il est fondamental de créer une dynamique avec des nouveaux programmes reflétant l’actualité sociale au sens large. On y trouvera des magazines de société, des débats, des documentaires et des émissions de service ; le tout ayant pour objectif d’expliquer et de faire découvrir des aspects méconnus de la société soit en informant, en divertissant, et surtout en créant un terrain fertile aux échanges entre les Français en leur permettant de se mettre sur la même longueur d’onde dans tous les domaines où ils se sentent impliqués. Il y aura donc beaucoup de production fraîche, de direct, et l’interactivité sera très présente afin de faciliter la communication des téléspectateurs aussi bien avec la chaîne qu’entre eux : la vocation des programmes s’inscrit clairement dans le cadre de la proximité et du rassemblement.

Enfin, considérez-vous qu’il s’agisse d’un nouveau métier pour votre groupe ?

Reservoir est et reste fondamentalement un producteur de contenu. Il ne s’agit certainement pas d’un changement mais plutôt d’une évolution logique du métier de producteur que nous exerçons tous les jours. La télévision numérique terrestre constitue une véritable révolution industrielle et les répercussions sur notre métier sont énormes. D’une part, il nous faudra savoir tirer parti au maximum des avantages de la technologie numérique, notamment en matière de captation et de montage de façon à produire des programmes de plus en plus compétitifs et originaux. D’autre part, il sera fondamental d’adapter le contenu de manière dynamique en fonction de l’évolution des attentes et des comportements eux-mêmes sensiblement modifiés par cette nouvelle offre télévisuelle qui va leur donner la possibilité d’être plus participatif. Téléspectateurs ou télé acteurs, il ne faudra pas choisir : un producteur devra être capable de satisfaire dans cette nouvelle ère les deux types d’attente.

Satellites Infos n°111 - Photo : Satellites Infos

 

Jacques Espinasse, TPS, pour Satellites Infos n°111

Jacques Espinasse, directeur général de TPS : “Nous serons candidats au numérique terrestre.”

TPS, qui dispose d’une solide expérience dans le domaine de la gestion des bouquets, sur le plan marketing et technique, pourrait bien s’engouffrer dans l’aventure du numérique terrestre. Jacques Espinasse, directeur général de TPS, nous donne sa position sur ce dossier.

Satellites Infos : Pensez-vous que le numérique terrestre soit un nouveau concurrent pour la télévision par satellite ?

Jacques Espinasse : Idéalement les différents modes de diffusion doivent être complémentaires même si le numérique terrestre est plus adapté au tissu urbain. Mais cette complémentarité ne sera possible que si l'introduction de ce nouveau mode de diffusion numérique respecte les équilibres économiques actuels. Une offre numérique terrestre qui serait essentiellement gratuite serait dangereuse pour l'ensemble du secteur de la télévision (chaînes généralistes et thématiques, production, opérateurs de télévision à péage hertzien, câble et satellite …).

J.ESPINASSE (Photo : Satellites Infos)En outre, le développement rapide d'un tel réseau ne sera possible que s'il est dynamisé par des opérateurs commerciaux qui distribuent - et font la promotion - des chaînes à marques et contenus forts comme le cinéma récent et le sport.

A cet égard, TPS présente la spécificité d'être non seulement distributeur mais aussi celle d'être éditeur de chaînes de cinéma exclusif et de football notamment, au même titre que la chaîne Canal+. Nous sommes d'ailleurs les seuls opérateurs câble et satellite à intégrer ces deux métiers. Notre rôle devrait donc être ré apprécié par le CSA et les autorités de tutelle afin de préserver la libre concurrence. Les téléspectateurs français ne peuvent pas souffrir d'un nouveau monopole de Canal + sur le réseau numérique terrestre comme cela a été le cas à partir de 1984.

Enfin, le numérique terrestre n'apportera pas de réponse aux zones d'ombre. Il est donc nécessaire de ne pas réduire l'attractivité de la télévision par satellite qui restera le seul mode de diffusion à pouvoir couvrir la totalité du territoire avec une offre multi-chaînes en parfaite qualité d'image et de son.

Pensez-vous participer à l’exploitation d’un multiplex ?

Le moment venu, si les conditions de lancement nous semblent réunies, nous serons candidats à deux titres : éditeur et distributeur d'une chaîne TPS PREMIUM qui diffusera du cinéma et du football notamment ; distributeur commercial d'une offre thématique. Quoi qu'il en soit, il est important de structurer une offre en partenariat avec les chaînes thématiques qui souffriraient d'une démarche individuelle et isolée. Assurer la distribution de chaînes en leur nom évitera que ce réseau ne tourne à l'anarchie. Nous pouvons aussi partager notre expérience technologique pour assurer l'interopérabilité des systèmes.

De quelle manière votre expérience marketing (gestion et fidélisation des abonnements, packs à emporter…) peut-elle servir aux futurs opérateurs du numérique terrestre ?

Elle fait de nous un candidat désigné pour l'exploitation de la partie payante de la TNT, au même titre que d’autres opérateurs de télévision à péage actuels. Le simple fait d'intégrer tous les métiers liés au recrutement et à la fidélisation en une seule entreprise nous permet d'avoir une vision globale des exigences du métier et de celles des consommateurs pour pouvoir agir en conséquence. TPS a prouvé sa compétence en recrutant 1 million d'abonnés en 4 ans sur un marché hautement concurrentiel qui s'est lui-même développé à un rythme élevé (2,2 millions d'abonnés en 4 ans contre 450 000 au cours des quatre ans précédant notre arrivée). TPS saura proposer par là même, et avec succès, une vraie alternative à la télévision existante, qu'elle soit analogique ou numérique, terrestre, câble ou satellitaire. Du point de vue des téléspectateurs, notre arrivée a eu aussi pour effet d'initier la mise en place de promotions chez tous les opérateurs de télévision à péage, de favoriser la création de nouvelles chaînes thématiques, de contribuer à l'essor de la distribution, et surtout, de démocratiser la télévision à péage grâce à un rapport qualité-prix imbattable. Il ne faudrait pas que cette politique soit menacée.

On parle beaucoup de la portabilité et de la mobilité. Quelle est votre position sur cette question ?

Nous y sommes très favorables car c'est ce qui va réellement permettre au terrestre de se différencier des réseaux numériques existants. TPS, en partenariat avec Sagem SA et TDF, a d'ailleurs fait des essais très concluants de mobilité à partir d'une antenne TNT située sur le toit de notre siège social. Permettre aux enfants de regarder Teletoon pendant un long trajet dans la voiture, ce serait quand même sympa ! Assurer la portabilité est également un facteur déterminant dans le succès du futur réseau. Mais cette question est du ressort du CSA car cela obère la puissance des multiplexes et donc le nombre de chaînes pouvant être transportées.

On dit souvent que le câble touche les grandes villes et le satellite la campagne… Quelle sera la cible, selon-vous, du numérique terrestre ?

Le câble, de par ses contraintes économiques de câblage, a nécessairement une zone de chalandise locale (les zones raccordables), la réception directe par satellite s'adressant prioritairement aux zones moins denses (c'est-à-dire les périphéries non-câblées des villes et les zones rurales) et la TNT aux zones urbaines. Idéalement, les différents modes devront être complémentaires... Bien sûr, la couverture nationale du satellite permet aussi une réception en zone urbaine, mais cela semble quelquefois plus complexe au consommateur (pose de parabole etc). La richesse et la qualité de service du Numérique Terrestre seront très différentes de l'existant. D'une part, la TNT concernera à terme une couverture de 80, voire de 60 % du territoire, selon les multiplexes. D'autre part, le choix de chaînes restera plus large sur les plates-formes satellite et câble existantes. Sans parler des 47 radios ou des services interactifs qui sont associés aux programmes tout au long de l'année (pour participer à "Qui veut gagner des millions ?", voter sur "Loft Story", participer aux "Screenings" de Série Club, choisir son clip sur M6 Music, consulter son compte…) et qui sont devenus des "indispensables" dans la consommation des programmes de télévision. Honnêtement, qui pourrait aujourd'hui se passer du confort apporté par le téléphone portable ou l'e-mail ?!?

Propos recueillis par Yannick Urrien pour Satellites Infos n°111 - Photo : Satellites Infos

 

Le Simavelec, hier comme aujourd'hui, soutient le numérique terrestre

A l’occasion du numéro spécial de Satellites Infos (n°111), nous avons rencontré Richard Guillorel le Président du SIMAVELEC pour l’interroger sur le futur développement du numérique terrestre.

Satellites Infos - Que représente le SIMAVELEC ?

Richard Guillorel : Il y a différentes manières de répondre à cette question :

- De manière chiffrée : le SIMAVELEC c’est 43 milliards de Francs de matériels électroniques grand public commercialisés auprès des consommateurs, par an.

- De manière segmentée : le SIMAVELEC couvre l’ensemble des produits électroniques de divertissement et d’information, avec son corollaire le matériel de réception.

- De manière qualitative : le SIMAVELEC regroupe les grands noms de l’électronique, ceux qui font et structurent le marché.

- De manière technologique : 90 % des produits mis sur le marché ont moins d’un an d’existence.

- De manière politique : le SIMAVELEC représente la Profession et rédige des prises de position sur les différents sujets d’actualité et les porte dans les instances concernées, pouvoirs publics, organismes européens, organisations nationales, CSA, partenaires broadcasters, TDF.

Depuis combien de temps le SIMAVELEC travaille-t-il sur le numérique terrestre ?

Je crois que l’on peut avancer sans se tromper que nous sommes un des acteurs et un des défenseurs historiques du numérique terrestre en France.

Dés la publication du rapport Lévrier (mai 1996), dans le cadre des travaux parlementaires, s’est réuni un groupe de travail. Seules deux voix ont alors défendu le devenir du numérique terrestre, la nôtre et celle de TDF.

Donc, ce sujet est pour nous prioritaire depuis six à sept ans.

Aujourd’hui, nos travaux sont principalement portés au CSA (au sein de la Commission Technique d’Experts (CTE) qui comprend trois groupes de travail sur le NT), au GLDNT (Groupe de Liaison pour le Développement du Numérique Terrestre).

La nature de nos travaux est diverse, je peux citer quatre exemples :

- Prise de position sur les récepteurs de classes I et II dans le cadre de l’arrêté technique du CSA.

- Prise de position sur la nécessité pour la profession de disposer d’une bande passante afin de rendre un service continu aux consommateurs.

- Prise de position dans le cadre du groupe technique n° 2 du CSA sur l’amélioration de la portabilité.

- Action en commun des constructeurs vis-à-vis de la distribution.

- Coordination avec les antennistes.

Ce ne sont ici que quatre exemples, bien d’autres choses sont encore menées tant dans le domaine de la normalisation que des études et sondages par exemple.

Quels sont les enjeux à ce niveau ?

Les enjeux du numérique terrestre sont avant tout de société. Pour faire court, je dirais qu’il s’agit de faire passer toute la population française (et non pas comme aujourd’hui un nombre de ménages somme toute restreint) au numérique avec tous les services qu’apportera cette technologie.

Modestement pour notre profession, il ne s’agit pas, comme on l’a souvent dit, de faire changer le parc de téléviseurs. Avec ou sans le numérique, le parc se renouvelle.

Le “ plus ” pour nous, qui est d’ailleurs le “ plus ” pour le consommateur, viendra des nouvelles performances des terminaux, image et son améliorés, possibilités renforcées d’accéder à des services comme l’interactivité sur les programmes. Les récepteurs auront intrinsèquement davantage de valeur. Pour m’exprimer plus prosaïquement, la TNT nous permettra d’améliorer la qualité du parc, c’est-à-dire de monter en gamme pour la satisfaction du consommateur.

Pour le secteur des antennes spécifiquement, la TNT permettra également d’harmoniser à haut niveau de performance le parc des antennes collectives et individuelles.

Quels sont les problèmes et les questions à résoudre ?

Nombre de problèmes ont déjà été réglés et de questions résolues.

Il importe d’arrêter de ressasser toujours les mêmes interrogations, les choses ont évolué et souvent bien évolué, le CSA a parfaitement fait son travail, les chaînes - historiques ou non - ont déjà beaucoup réfléchi et bâti des projets qui tiennent la route, TDF a énormément œuvré, les constructeurs prolongent leur action dans les instances de normalisation.

Les problèmes d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui. Il ne faut plus se demander si, mais comment. Le comment passe toujours par une volonté et des moyens.

- Comment présenter aux consommateurs, par nature souvent conservateurs en matière de technologie, des produits de haute technologie, sans l’effrayer ?

- Quel calendrier de formation mettre en place afin que l’ensemble du réseau de vente soit prêt à expliquer et à promouvoir ces nouvelles technologies ?

- Quel calendrier pour la remise à niveau (si nécessaire) des antennes collectives ?

- Quels efforts de promotion et d’information du consommateur faudrait-il mettre en place ?

Globalement on peut dire, même si c’est un peu exagéré, l’on passe de l’ère de la technique à l’ère de la vente … Et croyez-moi c’est souvent plus compliqué.

Vers quelle période ?

On nous dit, le CSA, les chaînes – notamment celles du service public – que le signal numérique sera dans l’air au dernier trimestre 2002.

Aujourd’hui, il n’y a aucune raison de mettre en doute cette date.

Donc, une gamme de récepteurs numériques sera commercialisée à cette date, ce qui implique que les développements soient déjà largement engagés.

Mais, ainsi que je le disais précédemment, il faut se servir de la période entre aujourd’hui et fin 2002 pour faire en sorte que le parc d’antennes soit adapté pour permettre de recevoir le signal numérique.

Quelle masse financière représente ce marché du numérique terrestre pour l’électronique grand public ?

Le nombre de téléviseurs commercialisés en France peut être estimé pour l’année 2000 à 4 millions (ce à quoi s’ajoutent les décodeurs) en progression moyenne sur 3 ans de 5 % par an. Nous devrions voir cette tendance se maintenir voir s’accélérer grâce à l’intérêt porté par le consommateur à la réception numérique et aux services qu’elle procure : qualité d’image et de son, interactivité à terme, portabilité, nouveaux services, etc…

Propos recueillis par Yannick Urrien pour Satellites Infos n°111

 

Patrice Fryson (Netgem) : "Nous jouons notre avenir sur la TNT"

De Frantz Grenier pour 01net. La situation de Netgem tient en deux chiffres. CA 2000 : 112 millions d'euros ; CA 2001 : 15 millions. Pour remonter la pente, Netgem mise sur la TNT. Le français a lancé au Milia ses deux premiers décodeurs. Patrice Fryson, directeur général de Netgem, se donne deux ans pour relancer la société, sinon...

Les cassandres prédisent à la TNT, le même avenir que le Wap. Quels sont vos objectifs sur ce nouveau marché ?

La principale difficulté et d'expliquer la TNT au grand public. Une fois que l'on aura réussit à faire comprendre que l'accès est gratuit, et qu'il suffit d'acheter un décodeur que l'on branche sur sa télé pour avoir accès à une quinzaine de chaînes gratuites, le public viendra. On a six mois pour ça. En France, le marché est de 27 millions de téléviseurs, 25% étant déjà occupé par le câble ou le satellite. La part du câble et du satellite stagnera à 30%. A Netgem, nous visons 30% du marché français des décodeurs TNT. On estime que 300 000 à 500 000 décodeurs se vendront en France en 2003, puis un million en 2004.

Comment positionnez-vous vos produits ?

Nous lançons un lecteur milieu de gamme à 180 euros, équipé d'un modem et d'un port USB pour permettre l'accès ADSL. Nous avons aussi prévu deux emplacements destinés à des cartes d'accès, pour les téléspectateurs qui voudraient s'abonner à des chaînes payantes. En France, nous espérons pouvoir faire baisser ce prix à 150 euros dès le lancement de la TNT début 2003. Entre temps, nous l'aurons lancé en Grande-Bretagne, en Australie, et en Espagne.

En plus de ce lecteur, nous lancerons aussi une "zapette" qui permettra seulement la réception des chaînes gratuites, et dont le prix sera beaucoup moins élevé. Ces produits devraient représenter 70% du marché.

L'année prochaine, nous sortirons une télévision avec lecteur intégré. Et pour 2005, nous prévoyons un modèle haut de gamme sur MHP, équipé d'un disque dur.

Pensez-vous que le lancement de la TNT sera effectif au début de l'année 2003 ?

Techniquement, la TNT pourrait être lancée en septembre. Mais les chaînes de télévisions ne seront pas prêtes. Pour le reste, je crois que tout le monde est motivé. M6 est devenu favorable, et Canal + veut maintenant devenir l'opérateur des chaînes payantes sur la TVNT. TF1 continue de nous traiter de "trotskistes", mais dès lors qu'ils auront répondu à l'appel d'offres du CSA, ils ne pourront plus continuer à clamer qu'ils sont contre. La seule inquiétude réside dans le fait qu'aucun test de diffusion à grande échelle n'est encore prévu. Donc, je suis confiant, la TNT sera une réussite.

On l'espère pour vous, car vous jouez votre survie avec la TNT, non ?

Oui, c'est ça. Nous jouons notre avenir sur la TNT. L'année 2001 a été catastrophique. Nous avions deux gros clients qui n'ont pas renouvelé leurs commandes... En plus, nos tarifs étaient trop élevés. Cette année sera difficile, mais nous entrons enfin dans le monde de la télévision. Notre chiffre d'affaires devrait se stabiliser en 2002, et nous redeviendrons rentables en 2004. L'objectif est de construire une gamme de produits, et prouver notre légitimité en vendant nos produits. Ensuite, pourquoi ne pas penser à un rapprochement... Mais il faut reconstruire nos fondamentaux. On pourrait envisager aussi de rentrer sur les marchés du câble et du satellite.

Propos recueillis par Frantz Grenier pour 01net.
Merci à Marie-Laure Argelier pour l'envoi de ce document.

 

La TNT ne laisse pas indifférent...

Les futurs acteurs de la TNT, patrons de chaînes (ou de grands groupes) et responsables des projets numériques, ont tous leur mot à dire. Morceaux choisis :

 

Arnaud LAGARDERE (Lagardère) :

- MCM sera le vaisseau amiral pour le numérique hertzien.
- Le numérique hertzien est un marché que nous ne pouvons pas laisser échapper, mais pas à n'importe quel prix...
- Nous avons les outils pour nous faire respecter dans le numérique terrestre.

Patrick LE LAY (TF1) :

- Le numérique hertzien sera un échec... aucun opérateur sérieux ne pourra y opérer.

Claude BERDA (AB) :

- Si d'aucuns éprouvent le besoin de s'associer entre eux (NDLR : TF1 et M6 avec TF6) parce qu'ils se sentent un peu faibles, je trouve qu'ils ont raison. Moi, je me sens d'une sérénité absolue.
- Nous demanderons le maximum de licences que la loi nous accorde, c'est à dire 5 chaînes, dont RTL9 pourrait faire partie.

Maxime LOMBARDINI (TF1 - directeur du développement) :

- Le problème du numérique hertzien, c'est qu'il n'y a personne pour tenir la boutique.

Sylvain GOUZ (France Télévision - consultant pour le projet numérique) :

- La télévision est-elle une marchandise ? A France Télévision, nous ne le pensons pas.

André-Michel BESSE (RFO) :

- J'ai l'impression qu'il s'agit plutôt de réaccomoder les restes, à propos des projets de chaînes numériques de France Télévision qui n'apporteraient selon lui rien de nouveau.

Patrick Le Lay :

- Le PDG de TF1 accuse le gouvernement, à propos de la TNT : C'est une reprise en main d'un système qui était en train de se libérer par des autorités gouvernementales ou administratives. (...) Le numérique hertzien à la française n'est pas une bonne approche, c'est une forme d'approche marxiste de la télévision.

Michel Françaix (Député PS, Oise) :

- Droit de réponse à Patrick Le Lay : Si sa seule crainte c'est de voir le système télévisuel actuel battu un peu en brèche, eh bien allez, soyons un peu marxistes.

Gérard Lefebvre (président de l'AFORM) :

- La télévision numérique terrestre telle qu'envisagée en France aujourd'hui est un gigantesque gaspillage, accompagné d'un saccage certain et rapide de l'existant, satellites, câble et chaînes thématiques. (propos transmis par ML Argelier)

Anne Sinclair (Netgem, déléguée générale de l'Association pour la TV Numérique) :

- La télévision payante en France a montré ses limites, puisque encore maintenant les trois quarts des Français n'y sont pas abonnés. Je pense donc qu'il y a la place pour une offre différente, qui puisse coexister avec l'offre actuelle, sans la rogner. (propos transmis par ML Argelier)

Claude Berda (AB), lors du colloque sur les "nouvelles télévisions" organisé au Sénat le 30/01/02 :

- J'assimilerais la révolution que nous allons vivre (NDLR : le lancement de la TNT) à celle de 1789. (...) 1789 : c'est la fin des privilèges (sous-entendu : 2002, fin des privilèges pour TF1, M6 et Canal).

- Quant on compare la France (NDLR : avec les autres pays - il est bien sûr question du PAF), on pense au village d'Astérix sans le côté sympathique.

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