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> Colloque sur les "nouvelles télévisions", organisé au Sénat le 30 janvier 2002 < |
Les journées thématiques de la Commission des affaires culturelles du Sénat : "Les nouvelles télévisions"
Ce colloque s'est déroulé le 30 janvier 2002 au Sénat. "Que peut la technique ?", "Que veut le public ?", "Quel modèle économique ?", "Volonté politique et choix stratégiques" : Ces quatre grands thèmes ont été abordés.
Voici un compte-rendu de la première partie, consacrée à la technique...
Après un accueil de chaleureux de Jacque Valade (président de la Commission des affaires culturelles du Sénat) et de Christian Poncelet (Président du Sénat), la première partie de cette journée intitulée "Que peut la technique ?" débute avec l'intervention de Pierre Laffitte (Sénateur des Alpes-Maritimes). D'après lui, la technique peut beaucoup, et même beaucoup trop. Il insiste sur la floraison d'innovations, grâce à la technologie du numérique. Il compare ensuite le cas de l'Allemagne, qui a pris en main depuis plusieurs années la gestion du spectre hertzien en mettant en place une organisation regroupant les Länders, l'Etat, les différents opérateurs..., et le cas de l'Etat français, qui ne s'est pas encore doté d'un grand pouvoir de compétences afin de discuter avec ses partenaires européens. Car la gestion du spectre et la coordination des fréquences est à gérer à l'échelle d'un continent, avec l'arrivée des nouvelles technologies (TVNT, mais aussi Internet haut-débit...) Jacques Laffitte met également en garde les pouvoirs publics sur la fracture numérique. La télévision numérique doit couvrir 80% de la population française, ce qui représente moins de la moitié du territoire français !
Christiane Schwartz (Directrice de l'innovation à France Télécom) prend le relais de M. Laffitte. Elle parle non pas de LA télévision, mais DES télévisions. Jusqu'à présent, la télévision n'était qu'un bloc avec le téléspectateur (dans son sofa), l'écran et l'image bien paramétrés, tout comme la diffusion, la production, le concept éditorial... Tout est rodé et paramétré. La numérisation de toute la chaîne télévisuelle rend ces multiples briques complètement indépendantes les unes les autres, et obéissent à leurs propres pressions économiques, leurs propres évolutions techniques.... Mais ces différents blocs doivent rencontrer une validation commerciale. Sans quoi, la chaîne est brisée... Mme Schwartz présente ensuite les possibilités de la technologie numérique : nomadisme, téléchargement de programmes via un réseau de diffusion, téléspectateur qui devient actif... bref, c'est l'ouverture (à tous les niveaux de la chaîne) vers d'autres modes de consommation, c'est la prise en compte de la diversité des réseaux, des standards... Mais le succès de ces nouvelles offres, si elles apparaissent un jour, dépendra de leur capacité à attirer le consommateur. Elles devront rencontrer un usage, répondre aux besoins du consommateur.
Bruno Chetaille (Président de TDF) poursuit... Il confirme que TDF est prêt pour le numérique hertzien.
Pour lui, l'évolution technologique peut repousser la frontière des possibles, mais une question est essentielle : quelle durée pour l'émergence d'une nouvelle technologie ? Pour y répondre, une règle existe dans les télécoms : il faut de 10 à 15 ans pour passer du laboratoire à la mise sur le marché. Dix ans de plus sont nécessaires pour que 50% des consommateurs s'approprient le produit ou le service. La TVNT n'échappe (et n'échappera) pas à cette règle. En effet, la TVNT est une idée qui germe depuis plus de 20 ans. Le CCETT à Rennes a été créé il y a 20 ans pour la convergence entre l'image et les télécommunications. Un long travail a été mené sur le numérique : cette technologie a envahi l'ensemble de la chaîne de l'image, depuis la production jusqu'à la diffusion et la distribution. La TVNT est la dernière étape de cette numérisation totale, et le moment est venu pour que cette idée technologique devienne un marché.
Bruno Chetaille passe ensuite à l'énumération des atouts de la TVNT : c'est une technologie normalisée (au niveau européen), maîtrisée (elle est en place dans d'autres pays),. Pour le téléspectateur, elle est synonyme d'universalité (le réseau hertzien est le mode privilégié de réception de la tv en France), de facilité d'usage (portabilité, même antenne que l'analogique) et d'élargissement de l'offre des programmes... La TVNT a donc des atouts pour réussir. Mais comment réunir les conditions du succès ? D'après M. Chetaille, il y en a trois :
- les règles du jeu
doivent être connues de tous (cadre réglementaire). C'est ok aujourd'hui.
- la TVNT doit séduire le
téléspectateur. L'offre doit être attractive. C'est le rôle du CSA.
- Il y a une nécessité
de coordination étroite entre acteurs : éditeurs, diffuseurs, opérateurs,
multiplexeurs, distributeurs, industriels...
A tous ces points, il en ajoute un 4ème : la date de lancement doit être connue de tous, ainsi que le calendrier de déploiement.
M. Chetaille conclue en affirmant que la concurrence ne fait pas peur à TDF...
Michel Feneyrol (membre de l'ART) est le quatrième intervenant de cette partie "technique". Lui aussi confirme que la technique peut presque tout, mais il précise qu'il faut du temps. Inutile de se précipiter, comme cela a été fait avec l'UMTS ! M. Feneyrol revient ensuite sur la convergence... on est en plein dedans aujourd'hui, avec la numérisation totale. Pour un fournisseur de services (tv, Internet), l'équilibre économique repose sur des offres composées de multiples services, qui passent sur de multiples réseaux. La question est : la législation et la régulation actuelles sont-elles adaptées pour gérer ce nouveau monde de services ? Non...
M. Feneyrol insiste aussi sur l'importance d'avoir une véritable organisation de la réglementation et de la gestion des fréquences, pour permettre l'optimisation de l'usage du spectre. Ainsi, nous pourrons régler le problème de la mobilité (difficile à mettre en oeuvre aujourd'hui pour l'usagee multimédia), en raison de la mauvaise gestion du spectre des fréquences.
C'est ensuite au tour de Joseph Haddad (PDG de Netgem). Il parle d'un challenge intéressant pour sa société. Qu'est ce qui est économiquement possible ? Avec la TVNT, il ne s'agit pas d'une technologie ellitiste. C'est une nouvelle offre qui s'adresse à l'ensemble des français.
Netgem a déjà une expérience avec ITV Digital en Angleterre.
Netgem a trois paris à relever aujourd'hui en France :
- La TVNT s'adresse
virtuellement à 2/3 de la population française.
- En France, a été mis
en avant une offre gratuite. il s'agit d'un élargissement de l'offre gratuite
actuellement diffusée sur le réseau hertzien classique.
- le pari de
l'interactivité.
L'équipement pour recevoir les programmes gratuits devra permettre l'accès aux offres non gratuites, et un équilibre devra être trouvé entre payant et gratuit. Dans un premier temps, le consommateur achètera l'équipement pour recevoir l'offre gratuite, et grâce à l'interactivité, "on" l'incitera à s'abonner aux offres payantes.
Concernant l'interactivité, Joseph Haddad met en avant les atouts du DVB-HTML. Le choix d'une seule et même norme d'interactivité est nécessaire... et le temps presse...
Yvon le Bars (membre du CSA) prend la parole. Il fait un point sur le cadre relatif au développement de la TVNT. Il précise que ce dossier est prioritaire pour le CSA :
- il résulte de l'existence d'une loi (août 2000), et le CSA souhaite respecter cette loi et le calendrier imposé.
- il conduit à la généralisation des technologies numériques à l'ensemble de la chaîne audiovisuelle. La numérisation du réseau hertzien est inévitable.
M. Le Bars énumère ensuite les avantages de la TVNT (voir rubrique Atouts et faiblesses)
M. Le Bars revient ensuite sur la planification des fréquences et l'appel aux candidatures, qui porte sur 22 services de télévision. Il rappelle la capacité de la TVNT. 33 servicesde télévision seront proposés dans 6 multiplex. La priorité sera donnée au service public avec 8 chaînes. 3 fréquences seront allouées à la télévision locale : 3 fréquences sur 110 sites, ce qui représente une capacité de 330 chaînes locales numériques.
Au sujet des appels aux candidatures, le CSA comparera les dossiers au regard de 8 critères fixés par la loi : capacité de répondre aux attentes d'un large public, nécessité d'assurer une véritable concurrence et la diversité des opérateurs, la sauvegarde du pluralisme, l'expérience acquise par les candidats, les engagements en matière de production et de diffusion d'oeuvres audiovisuelles et cinématographiques, les engagements relatifs à la couverture du territoire, la cohérence des propositions en matière de regroupement et de choix des distributeurs, et le financement et les perspectives d'exploitation du service.
Ainsi se termine la première partie consacrée à la technique.