
Le site Media+ a interrogé Pierre Fraidenraich, le directeur général de i>TELE. Il affirme que sa chaîne serait repassée devant BFMTV en audience cumulée en octobre 2009.
La semaine dernière, SatMag avait interrogé Pierre Fraidenraich sur les raisons qui faisaient que BFMTV fait plus d'audience que i>TELE. Il nous avait répondu que il n'était pas responsable de ce qui se passait avant sa venue à la tête de la chaîne et que depuis qu'il est arrivé il y a un peu plus d'un an, i>TELE avait plus progressé que sa consœur. Ce à quoi nous avions répondu que ce n'était pas trop difficile car i>TELE partait de plus bas.
La réponse de BFMTV n'a pas tardé.
C'est « une affaire sérieuse et même grave ». C'est avec ces mots qu'Alain Weill a convié ce matin plusieurs journalistes pour leur faire part d'une « découverte à peine croyable ». Le président de NextRadio TV, propriétaire de la chaîne BFM TV, a décidé d'attaquer le groupe Canal+, propriétaire de la chaîne concurrente i>Télé, pour concurrence déloyale.
BFM TV a constaté que la chaîne i>Télé était automatiquement affichée au démarrage du décodeur CanalSat, quelque soit la dernière chaîne regardée par le téléspectateur. « Cette pratique serait en cours depuis le 22 octobre. Tout téléspectateur de CanalSat devient un téléspectateur d'i>Télé sans avoir choisi de l'être » a expliqué Alain Weill qui a demandé dès samedi, par une lettre envoyée au groupe Canal+ (Voir ci-dessous), l'arrêt de cette pratique. La chaîne déposera par ailleurs une plainte dans les prochains jours devant le CSA, le tribunal de commerce et l'Autorité de la concurrence.
« La pérennité de notre chaîne est en cause. La concurrence est nécessaire et utile mais elle doit être loyale. Cette pratique pourrait s'apparenter à un bourrage d'urne, c'est inacceptable » a fustigé Alain Weill. En jeu : l'audience des chaînes d'information et la place de leader revendiquée par BFM TV, essentielle sur le marché publicitaire.
BFM TV espère faire condamner i>Télé et obtenir des tribunaux une évaluation du préjudice. « Nous n'avons pas d'idée du montant mais il est très fort » a estimé Alain Weill.
Alain Weill demande à CanalSat de "de faire cesser immédiatement cet abus qui constitue une atteinte grave au pluralisme de l’information et à la diversité des opérateurs" et à "A Médiamétrie, d’annuler les mesures d’audience de la télévision pour le mois de novembre et de communiquer les mesures pour le segment précis des abonnés de CanalSat. Cette démarche est inédite mais justifiée par la gravité des faits constatés"
Si de telles pratiques se confirment, Canal+ risque de perdre toute crédibilité en tant que gestionnaire de bouquet. Cela pourra donner des arguments à des opérateurs alternatifs (Orange par exemple) en prouvant que Canal+ n'est pas neutre dans sa gestion.
Communiqué de la Chaine
BFM TV a découvert que, depuis plusieurs semaines, plus de 5 millions de foyers abonnés à CanalSat ont par défaut et de manière automatique la chaîne I-Télé à l’écran lorsqu’ils allument leur décodeur.
Ce mécanisme, qui fait de tout téléspectateur du bouquet CanalSat un téléspectateur involontaire d’I-Télé, a été constaté par huissier à plusieurs reprises. Depuis mi-octobre, on constate en effet une remontée indue de l'audience d'I-Télé qui préfigure son explosion en novembre.
En dopant artificiellement l’audience d’I-Télé et en détournant les téléspectateurs contre leur volonté, ce dispositif technologique mis en place par CanalSat porte préjudice à l’ensemble des chaînes.
Il pénalise également les annonceurs qui se fondent désormais sur des chiffres d’audience biaisés.
S’agissant de BFM TV, cette manœuvre conduira inéluctablement à un affaiblissement de notre chaîne alors que BFM TV est largement en tête des chaînes d’information depuis près d’un an et demi. Un tel résultat, indu, remettrait largement en cause les revenus de notre chaîne, sa viabilité et donc son existence.
La concurrence est nécessaire, elle est souhaitable et utile pour ces deux chaînes, comme pour l’ensemble des éditeurs de télévision, mais elle doit être loyale, en particulier entre deux rédactions qui se respectent. Cette pratique, qui s’apparente à un bourrage d’urne, est inacceptable dans un paysage audiovisuel régulé par une autorité indépendante. Il en va du pluralisme de l'information, de la diversité des opérateurs et de la liberté de choix du téléspectateur. C’est pourquoi BFM TV demande :
1- Au Groupe Canal + et à ses filiales concernées, de faire cesser immédiatement cet abus qui constitue une atteinte grave au pluralisme de l’information et à la diversité des opérateurs.
2- A Médiamétrie, d’annuler les mesures d’audience de la télévision pour le mois de novembre et de communiquer les mesures pour le segment précis des abonnés de CanalSat. Cette démarche est inédite mais justifiée par la gravité des faits constatés.
BFM TV se réserve le droit d’engager toute action judiciaire qu’elle jugerait nécessaire.
Cette affaire illustre les difficultés pour un acteur indépendant d’exister durablement face à des groupes puissants, en particulier lorsqu’ils réunissent éditeur et distributeur. L’autorité de régulation devrait avoir à cœur de faire respecter une stricte neutralité pour que ses choix, lorsqu’elle a attribué des fréquences, soient respectés dans la durée.
Revue de Presse : Sources : Satmag, et Ozap.com
Crédit Image : Lepost.fr

