
Le projet d'opérateur mutualisé des deux groupes tenait la corde auprès de l'exécutif il y a quelques semaines, mais la solution alternative d'Orange a repris le dessus.
Quand SFR et Free rient, France Télécom pleure… et inversement. Justement, en matière de très haut débit, la situation vient de se renverser dans l'ombre des cabinets ministériels. « Je pense que nous avons convaincu les pouvoirs publics » , expliquait aux « Echos » un dirigeant de l'opérateur historique il y a une dizaine de jours. Entre-temps, la secrétaire d'Etat à la Prospective et au Développement de l'économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, a reçu tous les opérateurs pour leur présenter l'état de la réflexion gouvernementale concernant le Programme national très haut débit - qui va être abondé à hauteur de 2 milliards d'euros par le grand emprunt. Cela en amont d'une série d'annonces sur le numérique que prévoit de faire Nicolas Sarkozy à la mi-décembre, à l'occasion d'un déplacement en province.
Orange, Free, SFR, Numericable ont été invités à réagir à une esquisse de projet pour apporter le très haut débit dans la zone 2. Cette zone dite « rentable » n'est pas aussi densément peuplée que les grandes villes de la zone 1 définie par l'Autorité de régulation des télécoms (Arcep), où la concurrence fait rage. L'intervention des collectivités territoriales n'y est pas indispensable pour assurer la viabilité économique des projets de déploiement de fibre optique. Dans sa note, le cabinet ministériel évoque des « appels à projets ouverts » notamment pour financer le coûteux « dernier kilomètre des réseaux » , celui qui arrive jusqu'au domicile. Ils seraient initiés par les départements au début de l'année 2010, pour une remise des projets vers le mois de juin, et s'inséreraient dans des schémas directeurs départementaux afin d'éviter les chevauchements et les trous.
Disparition du projet mutualisé
Ce découpage signe la disparition du projet d'opérateur mutualisé national, qui semblait acquis lors du premier round de consultations, en septembre. SFR, Free et Orange auraient créé une structure ad hoc afin de fibrer les zones 2 et 3. Bercy et la Caisse des Dépôts, qui auraient été actionnaires, soutenaient cette idée. Il n'en est plus question dans l'actuelle note gouvernementale, qui réjouit l'opérateur historique mais laisse les autres amers. « Le message politique est extrêmement inquiétant » , insiste-t-on chez SFR, qui craint le retour d'une situation de monopole sur la fibre optique, alors qu'il s'agit d'un terrain vierge ou presque en dehors de Paris. « La réalité de ce concours de beauté, c'est que seul France Télécom pourra suivre. Nous pourrons répondre au premier, voire au deuxième appel d'offres, mais ils nous essouffleront. »
L'opérateur historique n'a pas besoin de poser des fourreaux pour installer sa fibre, alors que cela représente le tiers du coût d'un déploiement pour SFR, argumente l'opérateur alternatif. Comment rivaliser avec la puissance d'un France Télécom en termes d'influence au niveau local, mais aussi de ressources humaines, renchérit-on chez le petit Free ? La filiale d'Iliad compte en effet moins de 1.000 salariés (hors centres d'appels) contre 100.000 chez son concurrent. Or, pour répondre à une centaine d'appels d'offres locaux, il va falloir déployer une armée de responsables de la paperasse…
Chez SFR, on veut croire que le projet d'opérateur mutualisé n'est pas mort. « C'est la seule solution viable. Sinon, à chaque fois que France Télécom répondra à un appel d'offres, les concurrents attaqueront et rien ne se fera. » En somme, on assistera à la résurgence des chicaneries juridiques qui ont freiné le développement de l'ADSL. Mais pour l'opérateur historique, en quête de paix sociale, cela vaut certainement mieux qu'un ménage à trois avec Free et SFR.
3 zones à fibrer:
L'Arcep a défini trois types de zones en fonction de la rentabilité du déploiement de la fibre optique.
- La zone 1 est la seule à être précisément définie. Elle regroupe 148 communes, soit 5,16 millions d'habitants, situés pour près de moitié en agglomération parisienne. L'Arcep y a déjà fixé le cadre réglementaire du déploiement : les opérateurs qui entreront dans un immeuble de plus de douze logements seront tenus de poser plusieurs fibres à la fois pour que leurs concurrents puissent eux aussi y entrer. Le point de mutualisation des divers réseaux sera au pied de l'immeuble.
- La zone 2 est encore rentable et regroupe de 5 à 15 millions de foyers. La concurrence y est moins forte.
- La zone 3 ne sera jamais couverte en fibre optique sans subventions publiques.
Lesechos.fr/hitech
Mac4ever



