CSA et TNT HD : 1982, télévision libre avis de décès ?
Jean-Claude Chuzeville, documentariste bien connu des Lyonnais, nous a fait parvenir ce texte, co-écrit avec son complice Claude Jaget en mai 1982, qui reste –hélas !- d’une criante actualité. On peut notamment y lire, à propos de la régulation : "M. Fillioud ne garantit pas la liberté d’expression audiovisuelle, ce qui devrait être l’unique but de son projet, il garantit au contraire, et en le camouflant, la pérennité de cette antiquité qu’est le monopole. La loi en discussion (…) veut, comme toutes celles qui l’ont précédée, organiser autrement la gestion de la rareté. Ce qui l’entraîne inexorablement à ne gérer, comme les autres, que les ciseaux ou le placard". Plus de trente ans se sont écoulés, et en dépit des progrès fulgurants de la technique et de la multiplication apparente des chaînes, absolument rien n’a changé : "Le pouvoir est au bout du dossier".
Rappelons à nos plus jeunes lecteurs que Georges Fillioud, né le 7 juillet 1929 à Lyon et décédé le 15 septembre 2011, débute une carrière de journaliste à Europe 1 (de 1956 à 1966), station dont il sera "interdit d’antenne" pour avoir signé un manifeste appelant à l’union des gauches. Chef du service de presse du candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle de 1974, il devient le ministre de la Communication du premier septennat Mitterrand, de mai 1981 à mars 1983, puis secrétaire d’État chargé des Techniques de la communication de mars 1983 à mars 1986. En 1982, il présente ainsi une loi célèbre affirmant pompeusement : "la communication audiovisuelle est libre". Il sera dans les faits vivement critiqué pour avoir écarté de ces radios prétendument "libres" toutes les sensibilités jugées trop indépendantes, c’est-à-dire pas assez "militantes de gauche" à son goût.
Trois décennies plus tard, la gauche est une nouvelle fois aux affaires, et Olivier Schrameck -ancien directeur de cabinet à Matignon de Lionel Jospin- est nommé par François Hollande à la présidence du CSA. Najat-Vallaud Belkacem, porte-parole du gouvernement, s’empresse de préciser, dans la langue de bois qui la caractérise : "Il ne s'agit nullement d'une nomination politique". Or, en janvier 2007, commentant l'arrivée de Michel Boyon, lui-même directeur de cabinet à Matignon de Jean-Pierre Raffarin de 2003 à 2005, un certain... François Hollande avait alors des mots très durs envers cette nomination qu'il considérait comme politique et qu’il jugeait "extrêmement grave".
"Déconnecté du pays réel"
Au PS, on n’avait, il y a quelques mois encore, pas de mots assez durs, toujours, pour condamner les relations particulières de Nicolas Sarkozy avec les médias et, personnellement, je pensais aussi que ce combat méritait d’être mené, tant ces comportements réciproques –car les médias ont aussi leur part non négligeable de responsabilité- me paraissaient détestables. Aujourd’hui, la gauche est au pouvoir et une seule voix s’élève avec force au PS contre cette nomination "reprise en mains", en l’occurrence celle de la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, laquelle vient de confier à Marianne : "Olivier Schrameck est un déconnecté du pays réel. Il est de ces gens qui sont obsédés par les titres de Une du Monde, mais qui ne connaissent rien à la gestion politique locale, qui n'ont jamais dépassé le périph parisien ! (…) C'est tout bonnement terrifiant la manière dont il a réussi peu à peu à enfermer Jospin dans une politique qui ne pouvait plaire qu'au microcosme parisien".
En matière de presse, d’Internet et d’audiovisuel, nous n’appelons pas "à l’aide !" les pouvoirs publics, nous leur disons seulement "de l’air !". Laissez-nous donc faire notre métier en toute liberté et en toute indépendance ! Quel homme politique aura suffisamment de courage pour oser couper le cordon des liaisons dangereuses et garantir cette indépendance ? Quel homme politique respectera enfin sa parole et ses électeurs ? Car ce n’est pas une affaire de droite, ce n’est pas une affaire de gauche, simplement le propre d’une démocratie digne de ce nom.
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