PAR ESTELLE JOLIVET
« Il s'agit de créer une télévision de territoire, pas "Télé Dunkerque" »

À 57 ans, Patrice Pellerin a été nommé directeur de la future télévision de la Côte d'Opale.
Les habitants de la Côte d'Opale disposeront, à partir du 1er novembre, d'une nouvelle chaîne de télévision, diffusée via la TNT. Elle n'a pas encore de nom, mais elle a déjà un visage. Patrice Pellerin, son directeur, nommé il y a quelques semaines, évoque la mise en place, le recrutement, et livre quelques infos sur la future grille des programmes.
Le projet de télévision porté devant le CSA, et validé par lui en 2010, visait à « mutualiser les moyens des différentes chaînes locales existantes ». Qu'en est-il aujourd'hui ?
« On a même, à un moment, évoqué la "fusion" des chaînes locales (ASTV, ID7, Delta TV et Calaisis TV) mais c'était un peu incompatible avec le but du projet présenté au CSA ! Il s'agit de créer une télévision de territoire. Pas une télé d'agglo. J'ai une obligation de résultat quant à la représentativité du territoire, or les moyens que représentent les télés locales sont très concentrés autour de Dunkerque. Et je ne ferai pas "télé Dunkerque". »
Vous allez quand même recruter des professionnels du coin ?
« Évidemment. Il n'est pas question de faire débarquer des équipes commandos de Lille ou de Paris. On construira une chaîne qui soit la meilleure possible mais on va travailler avec les gens d'ici, pour les gens d'ici. Nous (Isabel Gendre, en charge de la programmation pour le démarrage de la chaîne, et moi-même) n'arrivons pas en disant "on sait, on va faire". On va vraiment écrire une page blanche. La nouvelle télé devrait fonctionner avec 17, 18 personnes, dont six journalistes reporters d'images. Les candidatures issues des télés locales seront prioritairement étudiées. Le rédacteur en chef a aussi été recruté. Il s'agit de Christophe Berrier, rédacteur en chef du Phare dunkerquois, qui connaît bien le tissu local. »
Quelle sera l'identité de la nouvelle chaîne ?
« La ligne éditoriale pourrait se définir comme " pas de trash TV" mais un regard plutôt éducatif sur l'actu, avec du commentaire. Un axe assez proche de ce que faisait La Cinquième. On a aussi une énorme volonté de proximité. L'équipe sera extrêmement mobile, avec l'objectif de décentraliser certains programmes, y compris le journal. On imagine un journal au milieu de la ville, et ce n'est pas si compliqué à mettre en place ! Lors d'un salon du tourisme, à Paris, on a réussi à faire une télévision éphémère pendant quatre jours : et on n'a pas eu besoin d'un car régie !
Par ailleurs, les programmes de la chaîne n'auront pas qu'une vocation locale. Je pense à des sujets comme l'environnement ou le tourisme : l'idée serait de produire des formats exportables, qu'on puisse commercialiser au niveau national, voire international. J'ai vraiment l'intention de donner un coup d'accélérateur à la notoriété de la Côte d'Opale. On suivra les événements qui s'y passent, ce qui nous permettra de concrétiser nos partenariats avec les télés locales. »
Justement, comment ces télés locales peuvent-elles se positionner vis-à-vis de la nouvelle structure ?
« Leurs grilles de programmes ne correspondent pas du tout à ce qu'on va faire, mais elles sont des partenaires prioritaires. On aura besoin d'images, de sujets locaux. Il faut qu'on rédige des conventions, des contrats d'objectifs et de moyens avec elles. Et tout le monde devra y gagner. La nouvelle télé est vouée à travailler sur l'ensemble du territoire et doit aussi inventer de nouveaux moyens d'être présente : avec des correspondants ? En ouvrant des bureaux locaux dans certaines grosses communes ou dans des agglos ? Je ne sais pas encore la forme que cela prendra. » 5Où en êtes-vous en matière de budget ? La ville de Grande-Synthe détient toujours 70% du capital, et l'ASTV, 14%.
« Cela devrait bientôt changer puisqu'une recapitalisation est prévue en novembre, dans laquelle devraient entrer des acteurs importants du territoire, privés ou publics. Tous les fonds n'ont donc pas encore été levés. On partirait sur un budget d'1,5M E en 2012, pour arriver à 1,7 ou 1,8M E l'année suivante. »
Comment imaginez-vous cette chaîne dans un an ?
« J'imagine une télé très dynamique, avec une vraie interactivité avec son public. La télé sera mobile et ira au-devant des gens. Un exemple ? On veut proposer une émission de cuisine, mais en prenant le contrepied de ce qui se fait habituellement : au lieu d'incarner le programme, on va au contraire demander aux gens de nous montrer leur recette fétiche et, caméra au poing, rentrer dans la cuisine de la ménagère, du restaurateur... Ce n'est pas de la télé réalité, mais c'est de la télé réelle. On communiquera d'ailleurs beaucoup sur le "c'est ma télé". » •
Qui est-il ? À 57 ans, Patrice Pellerin a été producteur à France Inter, puis a travaillé pour une agence de presse audiovisuelle avant de devenir chef du développement publicitaire et commercial pour la chaîne Voyages.

