TNT : Beaucoup d'incertitudes au programme
La TNT doit débarquer en Côte-d'Or au printemps 2007. Mais de nombreuses incertitudes demeurent, quant au mode de diffusion choisi. La configuration géographique et la proximité de la frontière suisse compliquent la mise en place technique.
A Besançon, la Télévision numérique terrestre (TNT) est une réalité depuis le 19 avril. Ce jour-là, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a délivré aux opérateurs de multiplex les autorisations d'usage des fréquences, dans le cadre du déploiement de la troisième phase de la TNT. Une troisième phase qui devrait assurer la couverture des deux tiers de la population française métropolitaine. Mais deux tiers d'où Dijon et la Côte-d'Or sont pour l'instant exclus.
Pour notre région, il va falloir une bonne année supplémentaire de patience avant d'accéder au bouquet de 18 chaînes gratuites, offre de base de la TNT en France depuis le 31 mars 2005. En effet, le CSA, lors d'une séance plénière tenue le 10 mai a aussi annoncé les zones géographiques qui seront couvertes au 31 mars 2007. Dijon y figure aux côtés de Sens, Auxerre, Mâcon et Le Creusot.
Mais de l'inscription sur une liste à la découverte concrète des programmes sur l'écran télé, on traverse une vallée jalonnée d'incertitudes. Car si le développement de la TNT est directement tributaire d'une volonté politique, alors que notre pays affiche un retard certain par rapport à ses voisins européens sur ce thème, la réalisation technique n'est pas des plus simples.
Ce nouveau principe de transmission a connu un démarrage en fanfare, avec 2,5 millions de foyers disposant d'un mode de réception adéquat, un an après sa mise en place. Mais le fait que les premières zones de diffusion prévues sont situées en grande majorité dans l'ouest de la France explique aussi cette rapide montée en puissance : là-bas, pas de frontières proches, ni de reliefs qui handicapent la diffusion du signal numérique. Le développement vers l'est, c'est une autre paire de manches pour la TNT, et à Dijon, on en sait quelque chose.
Des professionnels dans le flou
Philippe Coquéau est directeur d'ATS Dijon, un spécialiste local de la télédiffusion. Lui, comme beaucoup de ses confrères, reste pour l'instant dans l'expectative : « La proximité des zones frontalières, avec la Suisse fait que, pour l'instant, le mode de diffusion de la TNT sur notre région ne semble pas encore totalement défini : on a le choix entre l'émetteur classique ou la solution du satellite. Parce qu'on ne peut pas se permettre de parasiter les Suisses avec un émetteur trop puissant ici. L'émetteur à faible puissance de Général Ruffey, à Dijon pourrait être une solution. » Sauf que cet équipement fait partie de la multitude de petits émetteurs qu'il faudrait mettre aux normes TNT. Ils seraient 900 en France, et cela représente un coup énorme... pour une couverture géographique réduite.
« Heureusement, comme le précise Bruno Bectard, chargé d'affaires chez INEO Infracom à Dijon, le signal numérique a un gros avantage par rapport à l'analogique. A puissance émettrice égale il couvre une zone bien plus importante ». De plus, dans la liste des émetteurs prévus dans la région, seul celui de Nuits-Saint-Georges apparaît. Si la TNT passe uniquement par lui, les habitants du quartier de Fontaine d'Ouche, à Dijon (ouest), qui sont orientés vers Général Ruffey, pourront-ils la recevoir ? « Il y aura de toute façon beaucoup d'essais à faire lors de l'arrivée de la TNT, poursuit Bruno Bectard, et des adaptations nécessaires, notamment pour les antennes collectives qu'il faudra adapter. Nous sensibilisons beaucoup les syndics de copropriété sur cette question ».
En effet, faute d'antenne adaptée, des résidants d'immeubles collectifs pourraient bien se retrouver avec un écran noir, même en ayant acheté le décodeur nécessaire. Que ce soit par émetteurs classiques ou transmission par satellite - ce qui, au passage, ne manque pas de sel pour une télévision numérique mais surtout terrestre - il faut surtout espérer que la TNT en Côte-d'Or parviendra jusqu'à des zones difficiles telles que des fonds de vallée qui, aujourd'hui, ont déjà des difficultés à obtenir une réception télévisuelle analogique correcte. C'est d'autant plus important qu'à terme, l'analogique est condamné. Ce mode de réception devrait disparaître d'ici 2011.
Le matériel est déjà prêt
Du côté des commerçants, l'arrivée de la TNT est aussi attendue avec une certaine impatience. Michel Lartaut vend des téléviseurs à la Fnac de Dijon : « commercialement, la TNT va se traduire pour nous par une relance du marché, non seulement pour les téléviseurs mais aussi pour les enregistreurs DVD. L'intérêt de la TNT, c'est aussi son signal, beaucoup plus puissant qui devrait permettre à certains utilisateurs de la capter avec une antenne d'intérieur. Mais pour l'instant, c'est encore sujet à caution, parce qu'on n'est pas fixés sur le mode de diffusion de la TNT dans la région ».
Le Bien Public, 22 mai 2006