Vers une fermeture brutale de Téléssonne ?
Le Conseil d’administration de Téléssonne, qui se déroule ce lundi, pourrait décider de mettre un terme à la diffusion de la chaîne locale. Clap de fin programmé pour l’antenne essonnienne, dont le principal actionnaire ne croit plus en la viabilité. Le départ de cet outil au service des Essonniens laissera un grand vide.
C’est une histoire vieille de 25 ans qui risque de connaître son terme ce lundi. L’aventure de la chaîne Téléssonne pourrait s’arrêter dès cet été. Ses actionnaires qui se réunissent ce lundi en Conseil d’administration (CA) devraient selon nos informations décider de ne pas poursuivre l’antenne à la rentrée prochaine. Le principal financeur de la chaîne et actionnaire majoritaire le Conseil général, s’apprête à se désengager de la structure – dont les co-actionnaires sont les communes fondatrices, Numéricale et la Chambre de commerce de d’industrie (CCI).
C’est en 1989 que six comnunes de l’Essonne – Massy, Palaiseau, Les Ulis, Chilly-Mazarin, Igny et Bièvres – se groupent et décident de créer la chaîne, d’abord sur le nord-ouest du département puis à vocation départementale. « Avec le développement du câble et l’augmentation du nombre de chaînes, on voulait que le Local parle au Local » se souvient Paul Loridant, ancien maire des Ulis et co-fondateur de Téléssonne. Celui qui siégera ce lundi pour la commune lors de ce CA de la chaîne considère que « l’Essonne a été à la pointe en étant l’un des premiers départements à avoir sa chaîne » .
40% de subvention en moins
En presque 25 ans de diffusion, Téléssonne a largement participé à couvrir la vie essonnienne, en proposant de nombreux programmes sur l’actualité locale, la mise en valeur des acteurs économiques, associatifs, culturels et sportifs du département. Mais l’attente d’une fréquence TNT qui ne vient pas et la baisse continue de ses subventions semblent avoir porté un coup mortel à la chaîne. Le contexte actuel de réduction des dépenses des collectivités aura été fatal. « On a baissé les subventions, comme on l’a fait avec tous les partenaires du Conseil général » justifie Agnès Moutet-Lamy, directrice de cabinet du président Jérôme Guedj, qui ajoute que le modèle économique est en danger, « du fait que le CSA n’ait toujours pas ouvert aux télés franciliennes la fréquence TNT promise » . Cette présence parmi les premiers canaux aurait notamment permis d’obtenir plus de contrats publicitaires, afin d’élargir les ressources, essentiellement publiques (environ 2 millions d’euros de budget).
Le niveau de subvention du Département s’élevait à 1,2M€ en 2009, puis est passé à 1,05M€ en 2012, et 900 000 euros en 2013, jusqu’à un dernier avenant au contrat d’objectif du Conseil général envers la chaîne, qui porte à 700 000 euros le niveau de subvention pour l’année 2014. Pour Frédéric Louis, directeur de Téléssonne, le constat est clair : « le problème du financement met en question l’avenir de la chaîne, nos revenus se réduisent de plus en plus, et il faut se demander si l’on doit continuer avec des moyens en peau de chagrin. Il est donc assez légitime de la part des actionnaires de tout envisager au vue de la situation » confiait-il à Essonne Info la semaine dernière.
A la chaîne, on s’attend à voir le couperet tomber. « On se ne fait guère plus d’illusion » confie-t-on à la rédaction. Un climat singulier en cette fin de saison, que confirme Frédéric Louis : « évidemment ça créé des inquiétudes ». Au Conseil général, dont le président Jérôme Guedj est également le président de Téléssonne, conçue en Société d’économie mixte (SEM), on confirme à demi-mots le scénario de la fermeture. Selon Agnès Moutet-Lamy, « Avec le projet de télé francilienne soumis au CSA et sa non-réponse on est dans l’impasse, car tout reposait sur le raccordement à la TNT. Porter à bout de bras la chaîne, ça devient impossible » .
La fin d’une « vitrine pour l’Essonne »
Ainsi risque donc de voir se terminer la vie d’un média essonnien, installé depuis 25 ans dans le département. « C’est un crève-cœur » assure-t-on au Conseil général. Paul Loridant se dit lui « triste de voir disparaître Téléssonne » . Sans nul doute, une page se tourne dans la vie locale, et c’est un média en moins qui manquera au territoire. A l’heure où l’Essonne se veut terre d’innovations et d’excellence, où les projets d’envergure nationale fleurissent, le département se prive d’une vitrine non négligeable de la vie locale avec sa chaîne.
Outre les conséquences directes, avec une douzaine de personnes qui perdent leur emploi, ce sont des dizaines d’acteurs locaux qui vont voir disparaître un outil au service des Essonniens : associations locales en demande d’exposition, entrepreneurs et porteurs de projet méritant un zoom, sociétés de production locales, artistes et compagnies, autant de personnes engagées sur notre territoire pour qui la disparition de Téléssonne est une très mauvaise nouvelle. C’est aussi peut-être la fin d’une époque, celle où les ambitions d’un département tel que le notre méritait ce type d’investissement porteur et nécessaire à la vie locale.
Source : essonneinfo.fr




