
Alain Weill - PDG de NextRadioTV
Publié le 29 Juillet 2011
"Je pense que le marché de la TNT peut absorber 6 chaînes thématiques"
Quels enjeux stratégiques représente la TNT pour votre groupe ?
Les enjeux stratégiques de la TNT sont considérables pour notre groupe, car c’est l’un de nos premiers relais de croissance. La radio continue à très bien fonctionner avec une marge record au premier semestre. Notre pôle télévision (BFM TV et BFM Business TV lancée au mois de novembre) est désormais à l’équilibre avec un Ebitda positif au premier semestre, ce qui est très satisfaisant.
Quels sont vos projets pour la TNT (nouvelles chaînes, investissements) ?
Nous pensons que le secteur hertzien reste dynamique face aux challenges qui se présentent à lui comme la télé connectée. Pour garder les téléspectateurs, il faut leur proposer une offre élargie, je suis donc favorable au lancement de nouvelles chaînes. Nous avons en projet une chaîne d’information sportive (RMC Sport) sur la TNT si le CSA se décide à lancer un appel à candidatures.
Les investissements n’auraient rien à voir avec ceux de BFM TV, car une concurrence importante existait déjà en face dans le domaine de l'information lorsque nous avons lancé la chaîne et il fallait faire mieux. Pour RMC Sport, les synergies sont considérables avec l’ensemble du groupe car nous avons une agence de presse qui s’appelle RMC Sport qui fabrique tous les sujets sport de BFM TV. Ce projet, en termes d’investissements, se situerait entre BFM TV et BFM Business TV, soit un investissement total de 10 à 15 millions d’euros. Ce qui est tout à fait supportable pour le groupe sans remettre en cause son objectif d’accroître son résultat tous les ans.
Quelle est votre position par rapport à la problématique des chaînes bonus ?
La problématique est née en partie de nous, les nouveaux entrants, qui sommes allés dire à Bruxelles que ce n’était pas normal qu’on donne un cadeau de ce type aux acteurs historiques qui ont déjà une position très forte, en oubliant au passage les nouveaux entrants. Manifestement, Bruxelles nous a suivis en mettant en demeure la France de répondre à certaines interrogations. La France pourrait rassurer Bruxelles en disant qu’un appel à candidatures va être lancé par le CSA pour permettre aux nouveaux entrants de se développer aussi, en parallèle de l’attribution de canaux bonus. Si le gouvernement décidait de geler les canaux bonus, ce n’est pas pour cela que le CSA ne devrait pas lancer un appel d’offres pour de nouvelles chaînes. Etant donné que le CSA doit assurer les équilibres entre les différents opérateurs, il serait logique que les nouveaux entrants bénéficient en priorité des nouveaux canaux.
Pensez-vous que le marché de la TNT peut encore absorber plusieurs nouvelles chaînes en termes de ressources publicitaires ?
Des chaînes généralistes non, car je pense qu’il y en a déjà trop avec une douzaine. Par contre, je pense que le marché peut absorber six chaînes thématiques avec un budget entre 30 et 50 millions d’euros par an. On pourrait alors imaginer qu’il y ait trois canaux bonus et trois pour les nouveaux entrants. Il n’y aura pas de difficulté pour absorber 240 millions d’euros, sachant que le service public renoncera définitivement à la publicité d’ici trois-quatre ans. Si le secteur fait preuve de dynamisme, nous pouvons aussi imaginer que les investissements augmentent.
Pouvons-nous revenir sur la demande de TF1 auprès du CSA pour faire passer LCI en chaîne gratuite ?
Selon l’analyse juridique que nous avons, ce n’est pas un projet réalisable. Ce n’est pas possible que le CSA, sans que la fréquence soit rendue et fasse l’objet d’un nouvel appel à candidatures, laisse passer cette chaîne de payant à gratuit. Il faudrait qu’il y ait une modification de la loi qui fasse que le changement de catégorie relève d’un simple agrément du CSA.
Je pense qu’il n’y a pas de justification économique derrière ce projet. Je ne suis pas hostile aux concurrents, mais cela n’a pas de sens d’avoir trois chaînes d’information gratuites quand d’autres thématiques n’existent pas. Cela relèverait de motivations politiques.
Avec trois chaînes d’information, nous serions obligé de freiner les investissements, de réduire la voilure. Sur les trois, il y en aurait sans doute une qui serait amenée à disparaître, peut-être nous car nous n’appartenons pas à un groupe industriel donc nous ne pouvons pas financer à perte une chaîne. Ce serait aussi un recul au niveau de l’indépendance, parce que cela donnerait un poids trop important au groupe TF1 dans l’information, mais aussi sur le marché publicitaire. Quand TF1 a racheté TMC et NT1, l'Autorité de la concurrence a mis en exergue la position dominante du groupe TF1, qui serait renforcée si LCI passait en gratuit.
Comptez-vous renforcer votre pôle Télévision par rapport aux autres activités dans les années à venir ? Vous avez eu tendance à réduire un peu la voilure dans la presse écrite.
Pour l’instant, l’objectif est de lancer RMC Sport. Dans la presse écrite, ce n’est pas nous qui réduisons la voilure, c’est le marché qui évolue. Nous essayons de transformer le Groupe 01 qui s’appellera Next Interactive Media le 1er octobre prochain. La gestion du print a été très difficile ces dernières années avec la crise économique, mais aussi plus globalement avec la crise de la presse. Au 1er octobre, les 180 collaborateurs de Groupe01 travailleront tous sur le web (sites 01net, RMC, RMC Sport, BFM TV, BFM Business). L’objectif est d’en faire le premier groupe d’information sur internet d’ici trois ans.
Après l’équilibre cette année pour le pôle TV, en 2012 nous gagnerons de l’argent. Ce que nous avons toujours dit, c’est qu’il fallait que le pôle TV se rapproche de la rentabilité de la radio, c’est-à-dire entre 25% et 30%.
Avec BFM TV, nous sommes à 1,5 point de part d’audience ce qui est plutôt en avance par rapport à notre plan de marche. Il n’y a pas d’autre chaîne d’information dans le monde qui atteint cette audience. Nous avons une nette avance sur i>Télé qui est à 0,9, et sur LCI qui est à 0,3. Nous avons très bien géré l’actualité abondante de ces derniers mois, et avec la campagne électorale de 2012, nous sommes confiants sur les perspectives de la chaîne.
Propos recueillis par Claire Lavarenne

