La décision de l'Autorité de la concurrence, mercredi 21 septembre, de retirer l'autorisation à la fusion entre TPS et Canal+ pourrait rebattre les cartes du paysage audiovisuel.
Paradoxe, une des premières conséquences de l'intervention du gendarme de la concurrence pourrait être le sauvetage de LCI, la chaîne d'information en continu de TF1. La Une menace en effet le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) d'en arrêter la diffusion le 31 décembre et de licencier ses 200 collaborateurs si elle n'obtient pas le transfert de LCI de la télévision numérique payante (TNT) vers la TNT gratuite. Car Canal+ voudrait réduire, à cette date, de 15 à 5 millions d'euros le prix qu'elle paie à TF1 pour diffuser LCI dans CanalSat, son bouquet numérique.
Pour sa défense, Canal+ invoque la valeur de l'information. Les temps ont changé depuis 2006, argue la chaîne cryptée, et les abonnés de CanalSat ne veulent plus payer pour regarder LCI alors qu'ils disposent, gratuitement, de deux chaînes d'information en continu, BFMTV et i-Télé.
Tancé par le gendarme de la concurrence, "Canal+ va-t-il revenir à la table des négociations ?", s'interroge TF1. Désormais, la chaîne cryptée qui agace l'Autorité à cause de ce qu'elle nomme son "pouvoir de marché" pourrait être amenée à faire profil bas. Et à revoir à la hausse sa proposition financière pour continuer à diffuser LCI. Au grand dam, cette fois, de TF1 qui perdrait alors son principal argument pour obtenir du CSA le transfert de sa chaîne info vers la TNT gratuite. In fine, LCI serait financièrement sauvée mais... resterait payante.
Pour Canal+, le retrait de l'autorisation du rachat de TPS est lourd de menaces. Il tombe au plus mauvais moment. Le rachat de Direct 8 et de Direct Star, les deux chaînes de la TNT gratuite du groupe Bolloré, pourrait ainsi en souffrir.
Déjà des voix s'élèvent qui réclament que l'arrivée en force de Canal+ sur la télévision gratuite soit sévèrement encadrée. "On va s'en occuper", menacent les chaînes généralistes qui fourbissent déjà leur lobbying. Les TF1, M6 et consorts veulent croire que cette opération sera au minimum retardée. "Cela peut prendre entre six et sept mois", prévient un patron de chaîne. Un autre de se réjouir "du retard que va prendre Canal+ par rapport à son plan de charge". Surtout, l'Autorité de la concurrence pourrait effectivement saisir cette occasion pour "encadrer fortement Canal+". Cette fois, plus d'engagements volontaires mais une réglementation sévère.
Dégroupage
"Que devra lâcher Canal+ pour pouvoir racheter TPS ?", prévient un spécialiste de la distribution de chaînes. Selon lui, c'est la stratégie du groupe de télévision à péage en matière de gestion de droits de diffusion (sports, cinéma et fiction) qui va être remise en cause.
A l'instar de TF1 qui ne peut pas exploiter un événement sportif sur ses trois antennes (TF1, TMC et NT1), Canal+ ne serait pas autorisé à acquérir puis à exploiter les droits de diffusion pour toutes ses chaînes payantes et gratuites.
Les rivales de la chaîne cryptée espèrent que le gendarme de la concurrence limitera cette pratique. Sinon, nous serons très "vulnérables", s'inquiète un patron de chaîne. Nous dépendrons du bon vouloir de Canal+ pour notre fourniture en programmes "importants, de qualité". Selon lui, les télévisions généralistes "ne peuvent pas diffuser des programmes de stocks (films, compétitions sportives et fictions) sans qu'il y ait eu un financement d'une chaîne payante". Et principalement de Canal+.
Enfin, l'occasion pourrait être donnée au gendarme de la concurrence d'imposer à Canal+ un dégroupage des chaînes du bouquet CanalSat. Sur le modèle des opérateurs de téléphonie, les distributeurs indépendants pourraient faire concurrence à CanalSat en intégrant dans leurs offres des chaînes de ce bouquet.
Guy Dutheil
Source: lemonde.fr

