Cinq ans après l'arrivée des premiers téléviseurs HD sur le marché français, la diffusion de contenus s'accélère. Quelque 33 chaînes émettent des programmes en haute définition et le catalogue de DVD Blu-ray se muscle peu à peu. Reste que les chaînes HD présentes sur la TNT sont encore peu nombreuses, faute de fréquence disponible et d'un coût élevé.
La haute définition s'impose petit à petit dans le paysage audiovisuel français. Cinq ans après l‘arrivée des premiers téléviseurs HD sur le marché hexagonal, le constat dressé par le cabinet NPA Conseil dans son dernier observatoire est encourageant. Le cabinet a ainsi recensé 33 chaînes proposant une diffusion en haute définition. Il y a un an, elles n'étaient que 19, soit une augmentation de 40 %. « Il y a un cap de franchi au niveau des contenus. On sent que la HD devient la norme de diffusion », relève Jean-Marie Le Guen, consultant manager de NPA Conseil. C'est surtout au niveau des chaînes ADSL proposées par les opérateurs Internet que l'évolution est sensible, avec 11 chaînes émettant des programmes en HD. Quant aux chaînes de la TNT, si elles ne sont que 5 à émettre (TF1, M6, France 2, Arte, Canal+), leur part de programme en haute définition augmente sensiblement. Ainsi, selon NPA Conseil, 912 programmes HD ont été diffusés sur ces 5 chaînes en avril 2010, contre 747 un an plus tôt, soit 22,1 % d'augmentation. Alors que les chaînes ont l'obligation de diffuser plus de 50 % de leur contenu en HD, elles sont souvent au-delà. C'est le cas chez M6, qui diffuse 60 % de ses programmes en HD native (tourné dès le départ en HD), ou chez Arte, qui propose la plupart de ses programmes après 20 heures en HD. Les diffuseurs ne sont pas les seuls à être passés à la HD. Longtemps marginaux, les DVD au format HD, appelés Blu-ray, sont en croissance rapide, avec 10 millions de ventes attendues cette année, selon l'association Blu-ray Partners - contre 4,5 millions en 2009 -pour 1.600 titres disponibles.
Il reste pourtant du chemin à parcourir avant que la HD ne constitue la norme de base de la télévision. D'abord, l'essor des chaînes HD par ADSL est à relativiser, tant la qualité d'image n'est pas toujours au rendez-vous pour le téléspectateur via ce réseau, faute de débit suffisant. La HD de base (720 p) nécessite ainsi une connexion comprise entre 5 et 10 mégabits par seconde, ce dont seuls 45 % des Français disposent, selon le cabinet conseil Tactis. Quant aux chaînes de la TNT, leur nombre reste encore trop limité, faute de fréquences disponibles.
Ce dernier frein devrait être progressivement levé avec l'extinction progressive de l'analogique, qui libère de nouveaux canaux. Ainsi, le CSA planche sur l'attribution de 2 nouvelles fréquences qui pourraient faire l'objet d'un appel à candidatures d'ici à la fin de l'année. Déjà, Next Radio et NRJ sont intéressés. Le groupe NRJ compte ainsi proposer une nouvelle chaîne, Chérie HD, axée sur un public « féminin et familial », qui diffuserait 80 % de programmes en HD dès la première année, et 100 % au bout de vingt-quatre mois, confie Gérald-Brice Viret, directeur du pôle TV du groupe NRJ aux « Echos ». Mais l'équation économique n'est pas simple. « La HD est avant tout un avantage pour le téléspectateur. Mais, pour une chaîne, elle n'a pas d'impact en termes d'audience, alors même qu'elle exige des investissements très lourds », relève Yves Le Saveant, directeur de la gestion de la chaîne M6. Nouveaux matériels de captation (caméras HD), de production, paiement au diffuseur de la fréquence… Même s'il diminue régulièrement, le surcoût d'une production en HD avoisine encore les 15 %. Exemple révélateur, M6 n'a toujours pas passé son émission phare, « La Nouvelle Star », en HD, faute de financement de son prestataire. Du côté d'Arte, c'est le montant de la fréquence qui pose question. Celle-ci se monte à 9 millions d'euros pour cette année. « C'est un coût élevé, surtout lorsque l'on sait qu'il nous faut assumer en parallèle la diffusion de nos programmes sur deux autres canaux, l'analogique, et le standard », explique Jean-Rozat, directeur général d'Arte.
Lancer de nouveaux canaux
De quoi décourager les éventuels candidats ? « Nous verrons bien s'il y a effectivement un appel à candidatures du CSA. Mais, quoi qu'il en soit, la HD n'est pas forcément une priorité vu son coût. Pour une chaîne d'information, l'important est le contenu, avant la qualité d'image », juge Xavier Bodin Hullin, directeur des opérations d'iTélé.
Plutôt que de convertir une chaîne déjà existante en HD, certains nouveaux venus pourraient donc choisir de lancer de nouveaux canaux. C'est le projet de NRJ avec Chérie HD. « L'intérêt de lancer une nouvelle chaîne, c'est d'obtenir de nouvelles recettes publicitaires et d'avoir ainsi un revenu en face des investissements. C'est pour nous la seule solution de venir à la HD », relève Gérald-Brice Viret.
MAXIME AMIOT, Les Echos
Source lesechos.fr





