La TNT fait exploser la télévision
Personne, aujourd'hui, ne souhaiterait revenir à l'ère d'avant la TNT, quand notre bon vieux téléviseur ne nous offrait le choix qu'entre six chaînes gratuites – en y incluant Canal + « en clair » et « sans décodeur » – contre vingt, actuellement. Le passage à la télévision numérique terrestre ne s'est pourtant pas fait sans mal, du moins pour notre portefeuille, chaque foyer français ayant été contraint d'investir, selon ses moyens, dans un décodeur (30 € au minimum) ou un écran plat « nouvelle génération » (500 € en moyenne).
Mais ce que la majorité d'entre nous ignore, c'est que ce passage à la TNT risque encore de s'accompagner, financièrement parlant, d'une petite bombe à retardement. Car, dans un rapport remis l'an dernier au premier ministre, le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) préconise ni plus ni moins que de « repenser entièrement » la diffusion de la télé numérique.
Michel Boyon indique d'ailleurs – sans pour autant dire quand – que cette « évolution » est « inéluctable ». Il s'agit d'un dossier à la fois « technique » et « complexe » que le prochain chef de l'État, qu'il soit de droite ou de gauche, trouvera donc sur son bureau : la norme DVB-T (*), actuellement utilisée par tous, cédera la place au DVB-T2. Cette nouvelle norme permettra des évolutions jugées « intéressantes » : l'accès à de nouvelles chaînes gratuites, une meilleure qualité d'image et plus de retransmissions en haute définition…
Selon le rapport de Michel Boyon, le DVB-T2 ne présentera donc que des « avantages ». Voire. Car la mise en place de cette nouvelle norme générera des coûts techniques importants. Pour les particuliers, tout d'abord : en effet, le DVB-T2 ne fonctionne pas comme le standard actuel de la TNT. Ce qui veut dire qu'il sera impossible de recevoir des images sans acquérir un nouveau décodeur. Si ce n'est carrément devoir changer de téléviseur !
Les Français, qui ont dû se rééquiper lors du passage au tout numérique, en novembre 2010, en seront donc une nouvelle fois pour leurs frais. Mais les patrons de chaînes, aussi, redoutent ce changement à venir. Car ils devront renouveler entièrement leurs studios pour profiter pleinement des « avantages » techniques du DVB-T2. « C'est un cadeau empoisonné », déplore Jean-Paul Baudecroux, le patron du groupe NRJ : « L'intérêt général n'est pas du tout servi. » Saisi du dossier, François Fillon a tranché : la norme de diffusion de la TNT (DVB-T) ne sera pas modifiée pour les six nouvelles chaînes, dont l'appel d'offres a été clôturé le 11 janvier dernier. Quant à la transition vers le DVB-T2, elle sera bel et bien « engagée », mais peut-être pas avant l'horizon 2015-2020… Ce qui nous offre à tous un petit répit.
En attendant, une trentaine de candidatures sont connues pour les six futures nouvelles fréquences. Parmi lesquelles : une chaîne sur la nature et les animaux (Amis TV), sur l'excellence française (Cocagne), la diversité (TVous la télédiversité), l'art de vivre (Vïa), les sciences (Sciences News), la religion (KTO Télé catholique), l'économie (BFM Business), la météo (La chaîne météo), le théâtre (L'Énorme TV), les 15-35 ans (My NRJ) et les étudiants (MCE TV), ainsi que des chaînes féminines – Elletv (Lagardère), ChérieHD (NRJ Group) et Stylia (TF1) – de fiction audiovisuelle (HD1, IDF1) ou de téléachat (TF1, M6).
Le choix final devrait intervenir d'ici la mi-mars, pour une diffusion prévue à l'automne 2012. En clair… Et sans nouveau décodeur !
(*) DVB-T pour Digital vidéo broadcasting-terrestrial (diffusion de la télévision numérique par liaisons hertziennes terrestres).
Olivier Charrier
source : lamontagne.fr



