| UN MOIS APRÈS LE PASSAGE AU NUMÉRIQUE |
« Tous les soirs, à l'heure où vous voulez décompresser devant la télé : boum, ça s'arrête ! » Jean-Louis, habitant de Lambersart, fait partie des sinistrés de la TNT. Et, comme beaucoup d'autres téléspectateurs du secteur, il a fait part de son ras-le-bol lors de l'ultime permanence, la semaine dernière, de Tous au numérique.
« Ça ne peut plus durer », souffle Jean-Louis, commercial, 43 ans, pour qui la télé est « une soupape ». Il se confie à Philippe Mohier, animateur Tous au numérique, dans le hall de la mairie de Lambersart, façon salle d'attente bondée d'un médecin. Lunettes sur le nez, Philippe ressemble à un ponte attentif, prêt à ausculter l'âme de ses patients et à envoyer l'ordonnance aux techniciens via son ordinateur portable : on est au pied de l'émetteur de Lambersart, définitivement coupé le 1er février. Lorsque la région a basculé au numérique et que la métropole lilloise s'est résolument tournée vers le seul émetteur de Bouvigny.
« Je comprends », déclare Philippe. « Boum : ça s'arrête ! Ras-le-bol !, répète Jean-Louis, à bout. J'ai trois écrans plats tout neufs. Et tous les soirs, vers 21-22 h, en plein film, d'un seul coup, c'est écrit "No signal". » Philippe secoue la tête : « On a déjà eu le problème avec des gens qui avaient sept ou huit télés, mais trois, ça passe, surtout dans une résidence récente comme la vôtre. Je vais faire remonter ça aux techniciens. » Tandis qu'il tapote l'ordonnance, Jean-Louis s'épanche : « Vous vous rendez compte, l'autre soir, c'est arrivé en plein match Lille - Eindhoven, moi qui suis un footeux... » « Ils ont fait match nul ! » (au match aller), lance quelqu'un dans la file d'attente. Rose-Marie, 56 ans, lommoise, poursuit : « Moi aussi, Monsieur, tous les soirs : clac ! ça s'arrête : "No signal" ! » Rose-Marie brandit la facture d'une télé flambant neuve, l'aide technique prodiguée par La Poste à son domicile, les multiples contacts avec le centre d'appels Tous au numérique : « Malgré tout, je n'ai plus que les chaînes belges. Moi qui ne dors pas de la nuit... Plus moyen d'avoir les infos en entier le soir !
» Une autre victime rapproche à son tour sa chaise du bureau de Philippe. Elle se justifie : « Mon mari se connecte à Internet pour suivre les infos. Parce que sur notre télé, depuis plus de trois semaines, c'est l'écran noir. »
« Sous huit jours... »
« Nous, c'est pareil : plus rien, expliquent Annie et son fils Benoît, avec le sourire d'enfants procrastinateurs.
On ne s'est inquiété de rien parce qu'on vit juste à côté de l'émetteur : il suffisait de brancher la télé ! » Sur les conseils de Philippe, ils feront l'acquisition d'un adaptateur et d'une parabole.
« Ça commence à bouillir, prévient Daniel, 69 ans. Non seulement on paie - un adaptateur, une nouvelle télé... - pour des changements qu'on n'a pas demandés mais en plus ça ne marche pas ! J'en suis à quatre appels à votre centre d'aide. À chaque fois, un interlocuteur différent m'a promis que le problème serait réglé sous huit jours... » Philippe, sans se départir de sa médicinale patience, répond : « Je vous promets que... sous huit jours ce sera réglé. » Il s'agit de faire intervenir, rapidement, un antenniste pour réorienter l'antenne vers le bon émetteur.
« Et après, vu que c'était la dernière permanence, comment on fera ? », s'inquiète Rose-Marie avant de repartir avec, elle aussi, la promesse de retrouver sa complice nocturne. « Vous n'aurez plus besoin de nous puisque tout sera réglé, sourit Philippe.
Sinon, à la mairie, des gens ont été formés. Et il restera le centre d'appels. » Rassuré, Jean-Louis demande tout de même : « Au fait, vous allez le rallumer quand, l'émetteur de Lambersart ? » Euh...
Source : lavoixdunord.fr

