
Le quartier des Turbaudières, pourtant né sous le signe du « pas de râteau ici », ressemblera-t-il demain à ce coin de toits du centre-ville, hérissé d'antennes ?
Numéricable supprime le service antenne, né avec le quartier lorsqu'il avait été décidé d'enterrer le réseau de télédistribution. Le temps des toits sans râteaux semble révolu.
« Au 15 septembre, le service antenne sera supprimé dans votre logement ; la réception des chaînes nationales et de la TNT sera alors uniquement disponible par l'antenne hertzienne. »
En juillet, par un courrier tombé dans les boîtes aux lettres, Numéricable, l'opérateur chargé du câble à Cholet, annonçait la nouvelle aux habitants des Turbaudières qui n'étaient pas abonnés (1). Est-ce donc le point final à la saga de la télédistribution que connaît cette « zone d'aménagement concertée » depuis sa création ?
Enfouis
Au début des années 1970, elle devait être la vitrine d'une nouvelle vision urbaine. « L'objectif était : pas de fils électriques, pas d'antenne extérieure. C'est pourquoi le réseau de télédistribution a été mis en souterrain. »
Jean-Claude Besnard connaît bien le quartier : il y habite depuis 1977, date à laquelle il fut élu avec Maurice Ligot. Il a aussi été vice-président de la Semac. Cette société mixte achetait et viabilisait les terrains soit pour l'office HLM, soit pour une autre société mixte, la Semic, chargée de construire.
Environ 2 000 locatifs sociaux, répartis entre la Ferme et la Marronnerie (pavillons) et Villeneuve, Colline, Clairefontaine (immeubles), ont été bâtis. En même temps qu'un millier de maisons individuelles pour l'accession à la propriété. A priori, la Semac demeurait en charge de la voirie.
Par un câble enfoui sous les rues et avenues, relié à une antenne collective, les chaînes nationales arrivent dans chaque foyer. Pendant dix ans, presque personne ne s'inquiète de l'entretien du réseau, lequel n'est déjà plus en bon état quand RCC s'implante dans la ville.
C'est le début d'une autre saga, non moins épique : celle du câble à Cholet. L'opérateur installe ses antennes paraboliques en haut d'une tour, à Bretagne. Ses câbles, pour l'essentiel, sont aériens. Sauf aux Turbaudières, où l'existant est censé faire l'affaire.
Aux habitants non-abonnés, on accorde le bénéfice du service antenne, garantissant la diffusion des chaînes nationales.
À qui revient l'entretien du réseau ? Dans les mémoires, les souvenirs s'estompent. Pour Jean-Claude Besnard, RCC a accepté d'acheter le réseau en l'état. Il reste que la voirie est à la charge de la Semac, jusqu'en 1995, où la nouvelle municipalité emmenée par Gilles Bourdouleix, fraîchement élu, décide de reprendre ses compétences.
Valse
Comme, par exemple, pour le Verger, lancé plus tard, mais où le service antenne existe aussi. En 1997, quand ses habitants reçoivent, par lettre signée de la mairie (et de la Semac), une injonction à payer pour ce service, ils commencent par refuser.
Néanmoins, un accord est apparemment trouvé, moyennant le versement d'une cote part par propriétaire ou occupant pour l'entretien du réseau enterré. « Mais les retransmissions étaient mauvaises. Les gens se sont mis à ne plus payer »,se souvient Daniel Léger, le syndic de l'époque.
Face aux difficultés de recouvrement, il jette l'éponge début 2006. Aux Turbaudières, la même initiative se heurte aussi à la mobilisation des riverains ; mais aucune redevance n'est perçue, bien que le service antenne se maintienne.
Entre temps, le câblo-opérateur a plusieurs fois changé à Cholet : après RCC, UPC, puis Noos, et enfin Numéricable. Cette valse entretient un flou très artistique sur qui fait quoi, ou plutôt ne fait pas.
Des abonnés se désabonnant gardent leurs chaînes ; d'autres, câblés, n'ont rien ; tandis que Sèvre Loire Habitat, héritier direct de l'office HLM, s'impatiente de ne plus recevoir, selon Jean-Claude Besnard, de loyers pour les antennes paraboliques en haut de la tour.
« Si bien qu'on a résilié notre contrat pour installer sur nos tours de nouvelles antennes avec adaptateur pour la TNT. » Il se dit que, depuis, des dizaines de locataires (apparemment bricoleurs) disposent, sans abonnement, des chaînes du câble.
Sur les toits
Aux Turbaudières, début 2009, tandis que se multiplient les problèmes de diffusion, Numéricable dit « avoir procédé à des opérations techniques » qui l'ont amené « à ouvrir l'ensemble » de son bouquet à tous, gratuitement.
Carotte commerciale destinée à appâter les futurs « privés de petit écran » ? Ou pommade pour atténuer le choc ? En tout cas, au fil des derniers mois (et même avant), les antennes et autres paraboles ont fleuri sur les toits.
« Avec tous ces râteaux »,certains parlent de « retour en arrière ». Mais jusqu'à quel passé ? Quand il n'y avait rien encore ici et que, dans quelques têtes, se rêvait une nouvelle ville ?
Source cholet.maville.com

