Nonce Paolini, pdg de TF1, et Nicolas de Tavernost, patron de M6 © LORENVU/SIPA / Lemouton Stephane / AbacaLe match TF1/M6 prendra une tout autre tournure cette saison. La Une, désormais renforcée par TMC et NT1, va déployer une stratégie de groupe qui devrait, si elle est correctement exécutée, lui permettre de desserrer l'étau dans lequel M6 et sa filiale W9 l'avait enfermée ces dernières années. Nonce Paolini, pdg de TF1, n'a plus vraiment d'illusions sur la puissance de sa chaîne premium qui, de mois en mois, décline mécaniquement dans un paysage TNT à 19 chaînes (généralisé en fin d'année 2011). D'ailleurs, sa communication s'adapte : TF1 ne revendique plus être archileader sur la journée, mais seulement sur les tranches de l'avant-soirée et de la soirée.
France Télévisions dans la tourmente syndicale
En face, Nicolas de Tavernost, pdg de M6, brillant dans la contre-programmation, se sait, de nouveau, dos au mur. Ses tentatives de faire annuler en justice l'attribution par le CSA des fréquences TMC et NT1 ont, pour l'instant, été vaines. On imagine mal le Conseil de la concurrence, aussi courageux soit-il, démanteler le PAF sur un recours de M6, groupe allemand... Canal+ pourrait jouer les trouble-fêtes en décidant de tenter l'aventure du clair. Comme TF1 et M6, la chaîne cryptée pourra se choisir une "petite soeur" sur la TNT en novembre 2011 : cette chaîne dite "bonus" sera-t-elle gratuite ou payante ? Décision de Bertrand Méheut, pdg de Canal+, courant septembre. Et premiers achats de programmes dans la foulée...
La nouvelle équipe de France Télévisions, sous la houlette de Rémy Pflimlin, aura bien trop de problèmes à régler en interne pour se mêler à la bagarre des privés. La nouvelle convention collective de l'audiovisuel public reste à écrire. Les syndicats attendent les négociateurs de Pflimlin armés jusqu'aux dents. Pflimlin a débauché Patrice Papet, DRH de Radio France, qui passe pour le meilleur de sa discipline. Son génie de la négociation va être mis à rude épreuve face à deux syndicats, la CGT (France 3) et la CFDT (France 2), très divisés et peu enclins à travailler ensemble... Carolis avait tendance à jouer la CGT contre la CFDT. Papet renversera-t-il ses alliances ? Autre question : Pflimlin, nommé par Nicolas Sarkozy, parviendra-t-il à inscrire son action dans "l'indépendance" qu'il revendiquait en juillet, lors de ses auditions devant le CSA et les assemblées ? Son premier acte de président (l'éviction d'Arlette Chabot de la direction de l'info) apparaît comme un passage obligé pour obtenir un peu de tranquillité avec l'Élysée...
Orange et Canal+, guerre et paix
Le groupe Canal+, le plus puissant du PAF, adossé au géant Vivendi, traverse cette période de mutation sans gros problème. Orange, qui pouvait entraver sa bonne marche, range les armes. Son nouveau président, Stéphane Richard, a tourné le dos à la stratégie de "contenus exclusifs" de son prédécesseur Didier Lombard. Lui cherche des partenaires, des alliés capitalistiques afin d'éponger les pertes de cette fuite en avant dans l'achat des droits sportifs. Il ne s'interdit pas de discuter avec Canal+. Mais c'est avec la Ligue de football qu'il pourrait bien convoler en justes noces afin de créer, avec Frédéric Thiriez, la chaîne de football rêvée par la Ligue. Une manière pour le monde du ballon rond d'éviter de se retrouver sous le joug de Canal+ à l'approche du prochain appel d'offres sur la Ligue 1 et la Ligue 2.
Il faudra, enfin, surveiller du coin de l'oeil Vincent Bolloré, désormais titulaire de deux licences TNT, Direct 8 et Direct Star (ex-Virgin 17). Le milliardaire breton prend son temps, mais les géants du PAF doivent de plus en plus composer avec sa capacité grandissante à racheter des droits sportifs. Sa nouvelle chaîne, Direct Star, possède encore une vocation musicale, peu gênante pour TF1 et M6. Nul doute qu'avec le temps, Bolloré obtiendra du CSA les aménagements nécessaires afin de faire évoluer ce format... La grande force de Bolloré ? Il est là pour 30 ans. Et, après lui, son fils Yannick.
Source lepoint.fr

