
« Quand la télé ne marche pas, au téléphone cela hurle. Nous traversons une tempête ». PH. P. Bernière
De la neige fin mars, les clients ne s'y attendaient pas. C'est pourtant ce qu'ils trouvent depuis hier sur les écrans de télévision de l'hôtel-restaurant Manechenea à Saint-Étienne-de-Baïgorry. Hier, jour où le département a « basculé en totalité vers la Télévision numérique terrestre (TNT) », selon la terminologie du Conseil général : « Tous au numérique ».
Tous, non. Dans la vallée de Baïgorry, on trouve de nombreuses zones blanches, c'est-à-dire des zones non couvertes par les émetteurs numériques TNT qui remplacent les émetteurs hertziens analogiques.
« Un bon tiers de la commune n'est pas couvert par la TNT, soit une centaine de foyers », note le maire Jean-Baptiste Lambert.
« Bureau des pleurs »
Les particuliers de ces zones blanches qui n'ont pas été plongés dans le noir télévisuel hier sont ceux qui ont investi dans l'installation d'une parabole. Le satellite, seul moyen de continuer à recevoir les chaînes de télévision. Christian Moledous, installateur à Saint-Jean-Pied-de-Port, en sait quelque chose. « J'installe trois à quatre paraboles par jour depuis trois mois », témoigne l'antenniste.
Jusqu'à hier, son commerce a répondu aux questions techniques et aux demandes de devis des clients, dont la facture sera remboursée par les pouvoirs publics à hauteur de 350 euros maximum (250 euros par l'État et 100 euros par le Conseil général). À partir d'aujourd'hui, cela va être « le bureau des pleurs et des doléances » : 50 clients n'ont pu être servis à ce jour. Il y a même les petits malins et gros dépensiers qui ont acheté une télévision, espérant que le commerçant viendrait faire les réglages à domicile. « Ce mois, nous avons vendu 30 télés alors que mars est calme à l'accoutumée. »
Les particuliers qui en ont fait la demande seront remboursés en grande partie car une installation de parabole est facturée entre 350 et 450 euros. Mais pour les professionnels, c'est une autre paire de manches. Aucune aide n'a été prévue pour eux en zone blanche dans le dispositif national et local. Le maire de Saint-Étienne-de-Baïgorry se déclare « inquiet ». Quant à Amélie Inçargarat, gérante de l'hôtel-restaurant Manechenea, tout ce qu'elle a à déclarer est un devis de 10 000 euros, rédigé par l'un des trois installateurs agréés de la vallée. Un investissement qu'elle se refuse à consentir pour l'heure. Alain Bidart, patron de l'hôtel-restaurant Erreguina à Banca, a lui choisi de payer. « Une charge qui s'ajoute à la mise aux normes du nouveau classement hôtelier en 2012, et celle pour l'accès des handicapés en 2015 », se plaint-il. « On ne peut faire payer 20 euros supplémentaires par chambre. »
Via l'Union des métiers de l'industrie hôtelière (Umih), les professionnels ont sollicité l'aide financière du Conseil général. « Une trentaine de professionnels est affectée, aucune réponse à ce jour », mentionne Bruno Dottax, du syndicat hôtelier. Du côté de la collectivité locale, on assure qu'une réponse sera bien envoyée aux hôteliers. Bernard Danciart, chargé de mission, ne peut qu'avancer qu'il appartiendra au nouvel exécutif de financer, ou non…
Source: sudouest.fr

