L'effet de ciseau, comme l'on dit lorsque deux courbes se croisent, a opéré au mois de septembre. Pour la première fois, France 3, chaîne du groupe public France Télévisions, a enregistré, selon Médiamétrie, une part d'audience (PdA) mensuelle inférieure à celle de M6, avec respectivement 11,2 % contre 11,3 %. Pis, au moment où l'ancienne "petite chaîne qui monte" connaissait, ce mois-là, sa meilleure audience depuis deux ans, la "Trois" réalisait son plus mauvais score.
Ce malaise d'audience n'est ni spécifique à France 3 (toutes les chaînes généralistes connaissent une décrue de leur audience) ni définitif. Dès le mois suivant, en octobre, France 3 a repris sa place de troisième chaîne, mais l'alerte n'en est pas moins patente. Tandis que 2008 lui avait permis de conforter sa position historique avec 13,8 % de part d'audience derrière TF1 et France 2, France 3 se retrouve sous la menace de l'appétit grandissant des chaînes de la télévision numérique terrestre (TNT).
Si le feuilleton "Plus belle la vie", avec ses quelque 6 millions de téléspectateurs quotidiens, caracole toujours en tête des programmes et contribue à limiter la casse, des rendez-vous emblématiques tels que "Thalassa" (10 % de PdA en moyenne depuis septembre contre 14,5 % en 2008) ou les documentaires de société, tels ceux de la nouvelle collection "Hors-série" programmés en début de soirée, révèlent une érosion aussi inédite qu'inquiétante. Le 19 octobre, avec un taux de 7,1 %, le numéro consacré à l'adoption - qui avait été, comble de "nouveauté", déjà programmé au mois de mars - occupait la quatrième position des audiences de la soirée.
L'année 2008 avait été riche de contenus à fort pouvoir d'attraction. Au mois d'août, avec 161 heures d'antenne, dont 154 heures de direct, les Jeux olympiques de Pékin avaient dopé les chiffres. Le même phénomène avait agi grâce aux décrochages exceptionnels réalisés lors du Vendée Globe. Pour autant, s'agissant des rendez-vous réguliers du sport, la chaîne est réduite à la portion congrue. "On dirait que France Télévisions favorise la Deux, constate Alain de Greef, ancien directeur de production sur Antenne 2 et directeur des programmes de Canal+. Par exemple, tous les grands événements sportifs sont sur France 2, France 3 ne récupérant que des miettes. C'est frappant pour le Tour de Franc e : d'un côté, on assiste aux arrivées d'étapes, de l'autre, on subit des bavardages."
PEU DE CRÉATIVITÉ
De manière générale, France 3 souffre d'un problème d'identité. En dépit de sa structure originale et d'importants moyens techniques et humains, "elle ne parvient pas à faire des merveilles, souligne un ancien dirigeant de la chaîne. Avec 6 000 salariés pour 13 000 heures d'antenne, elle connaît la productivité la plus basse d'Europe. Une situation peu propice à la créativité." Un manque de créativité rendu plus visible depuis l'émergence de France 5, sa jeune et "moderne" concurrente au sein du groupe public, et par une image vieillissante dont "Thalassa" (où les responsables réfléchissent à une évolution éditoriale) serait devenue le symptôme. "Sur une autre chaîne, et sous un autre nom, cette émission connaîtrait de toutes autres audiences", affirme cet observateur.
A l'exception, une fois encore, de "Plus belle la vie" qui doit son succès à son jeu d'intrigues transgénérationnel, France 3 ne semble pas assez préoccupée par la diversité des tranches d'âge de son public. A ce titre, la bonne image du magazine culturel "Ce soir (ou jamais !)" a un revers. En mobilisant pour le seul compte de l'émission de Frédéric Taddeï la deuxième partie de soirée, du lundi au jeudi, France 3 se prive d'un espace propice à la création, susceptible d'attirer les jeunes.
"France 3 veut incarner la proximité, insiste Laurent Corteel, le directeur des antennes. Proximité, cela ne veut pas dire vieux et ringard." Depuis la rentrée, en s'appuyant sur son maillage régional, la chaîne multiplie les prises d'antenne événementielles relayées au plan national via Internet. De nouveaux concepts et rendez-vous sont programmés pour janvier 2010. "France 3 est en mouvement" : c'est le nouveau mot d'ordre.
Source lemonde.fr

