Dans un monde numérique, tout doit il être numérique ? On a déjà une petite idée de la réponse pour la plupart des médias et divertissements : les images, la presse, la musique, les jeux, le cinéma, la télé : tout le monde a plongé. Le sort des livres n'est pas encore totalement scellé : il le sera en janvier quand Apple présentera sa version du livre électronique. Si la e-tablette est réussie, elle changera le secteur pour toujours, comme Apple l'a fait avec le téléphone. Reste un cas en suspens : celui de la radio. En un sens, difficile d'améliorer ce média, à la fois simple, bon marché et terriblement efficace. Mais c'est aussi un média qui décline, petit à petit. Dans le dernier sondage d'audience, comme dans les précédents, le nombre d'auditeurs décline. Ce sont les jeunes qui délaissent la FM. Les radios musicales s'effondrent, victimes de la concurrence de la musique illimitée sur le web.
Face à cette situation, certaines radios demandent de lancer rapidement la « RNT », la radio numérique terrestre, version Radio de la TNT...sauf que ce ne serait pas du tout la même chose. La TNT est un succès parce qu'elle a multiplié par 3 le nombre de chaînes de télé gratuites. La RNT ne fera elle qu'ajouter quelques stations de radio de ci, de la. Elle ne transformera pas le paysage. Son seul grand avantage sera de permettre aux automobilistes de ne plus perdre la fréquence d'une station quand ils traversent la France, et de retrouver Chérie FM même dans les zones désertes, celles où jusqu'ici, seules Inter et France Culture, parfois France Musique, perçaient le silence..
En échange de cet avantage la, limité donc, les inconvénients seront nombreux : d'abord, des surcoûts pour les stations, qui devront financer un nouveau réseau d'émetteurs, en plus de leur réseau FM. Est-ce bien raisonnable en ce moment, avec la baisse de leurs ressources publicitaires ? L'Etat devra lui aider Radio France et les radios associatives, qui n'ont pas les moyens de financer la mutation. Le coût pour la collectivité serait de 100 millions par an, selon Marc Tessier qui vient de rendre un passionnant rapport au gouvernement. Est-ce bien raisonnable à un moment ou les finances publiques sont déjà dans le rouge ultravif ? Les consommateurs devront eux s'acheter des nouveaux récepteurs numériques, nettement plus chers que ceux de la FM, pour une qualité certes meilleure, mais pas décisive. Et cela ne changera pas le problème de fond : les jeunes n'écouteront pas plus une radio sous prétexte qu'elle est numérique ! Ils peuvent déjà les écouter sur le web ou sur iPhone s'ils le veulent...puisque les radios sont déjà toutes numériques, via leurs sites internet. S'ils ne le font pas, c'est qu'ils sont passés à autre chose. Le programme de numérisation des fréquences, défendu par le CSA parce que c'est un des rares pouvoirs qui lui restent, est donc a priori inutile, comme l'écrit sagement Marc Tessier.
La RNT aurait eu un intérêt si elle avait été lancée il y a dix ans. Aujourd'hui, elle est déjà inutile et dépassée. Elle coutera trop cher par rapport à ce qu'elle apportera. Le dossier va-t-il avancer quand même ? Comme le CSA n'a pas grand-chose d'autre à se mettre sous la dent, il peut tenter d'avancer malgré tout. Ce serait absurde, mais ce ne serait pas la première fois qu'une décision absurde serait prise...
Source claude-soula.blogs.nouvelobs.com

