Alors que David Kessler devait remettre le 30 septembre les premières conclusions du rapport commandé par François Fillon sur "l'avenir numérique de la radio", conclusions reportées à une date ultérieure, opérateurs indépendants, organisations professionnelles, diffuseurs et fabricants de récepteurs ont lancé ce lundi 4 octobre un nouvel appel au déploiement rapide de la RNT. Cet appel adressé aux pouvoirs publics et au CSA a été cosigné par MFM Radio, Radio FG, Ouï FM, Africa n°1, Contact, La Radio de la Mer, Crooner et Jazz Radio, ainsi que par VDL, DR France et le fabricant de récepteurs Pure. En préambule de cet appel, ils soulignent que 4 grands groupes de radios nationales privées "ont décidé brutalement de reculer et de mettre un coup d'arrêt à l'arrivée de la RNT en France", entraînant son blocage total depuis deux ans. Les signataires de cet appel demandent "solennellement aux pouvoirs publics le lancement de la RNT". Ils s'adressent également aux auditeurs, "afin des les informer de ce qu'est la RNT et de les prévenir de ce que pourrait être le paysage radiophonique avec ou sans cette révolution numérique de la radio".
Cette tribune sonne comme une réponse au texte publié le 14 septembre par Pierre Bellanger, PDG de Skyrock, Marc Tessier, membre du conseil de surveillance de RTL et Sylvain Anichini, consultant et membre du comité stratégique l'Onde Numérique. Ces derniers estimaient que "la RNT est dans l'impasse", et prônaient un développement numérique de la radio exclusivement sur IP, tout en poursuivant une diffusion analogique en FM. Aujourd'hui, opérateurs indépendants, diffuseurs et fabricants de récepteurs estiment que "les retards successifs ne font que desservir l'intérêt général dont le premier est de pouvoir continuer à offrir gratuitement ce formidable outil d'information et de divertissement qu'est la radio". Ils expliquent que la radio sur IP, qui nécessite la souscription à un abonnement Internet payant rendra la radio de demain payante et mettra fin à l'anonymat de l'auditeur. "C'est ouvrir une porte très dangereuse", estiment-ils, rappelant que gratuité et anonymat sont des principes fondamentaux de la radio. "La radio doit rester ce qu'elle a toujours été et représenter un symbole de liberté et d'accessibilité à toutes et à tous", expliquent-ils. "A-t-on le droit d'imposer aux français dans un proche avenir de remplacer ce média simple et gratuit par un média complexe et payant ?", se sont-il interrogés. Concernant le parc de récepteurs, les signataires de cette tribune indiquent que le parc se renouvellera "de façon progressive et naturelle", d'autant que la loi impose la présence d'une puce RNT dans tous les récepteurs vendus en France à partir de 2013.
Ils expliquent en outre que la RNT apportera "une offre radio plus juste que la diffusion via Internet ou les téléphones portables". Elle devrait ainsi permettre d'étendre la couverture des radios existantes et offrir de nouveaux programmes, avec "pour chaque ville en moyenne entre 30 et 50 programmes". Ils soulignent que cette offre de programmes sera régulée par le CSA, alors que "le risque premier de faire migrer la radio dans sa globalité sur Internet est de faire des opérateurs de télécommunications les nouveaux arbitres du paysage radio en France, dont la motivation première ne serait pas seulement la sauvegarde de la pluralité du paysage radiophonique français mais aussi la rentabilité et les perspectives de gains financiers que pourraient représenter le quasi-monopole de diffusion de la radio par ce biais".
Concernant l'aspect économique de la RNT, ils estiment que le déploiement de la radio numérique terrestre, "comme toute innovation technologique majeure (...) s'accompagne toujours de création de richesses", comme ce fut le cas au début des années 80 lors du lancement de la FM. Ils rappellent que également que la RNT "permettra à des radios existantes de diffuser dans de nouveaux bassins de population : l'audience augmentant, cela permettra d'accroitre leurs revenus publicitaires. Cela impulsera la création de nouveaux emplois". Alors que les grandes stations nationales ont prétexté une chute de leurs revenus publicitaires en 2009 pour remettre en cause le déploiement de la RNT, les signataires de cette tribune soulignent que "même les radios associatives, qui ont pourtant des moyens très restreints, sont prêtes pour la plupart à s'engager dans la grande aventure de la RNT". Ils dénoncent l'affirmation "simpliste et fausse des anti-RNT" qui expliquent que la radio numérique existe déjà avec les webradios. "La diffusion des programmes radio sur Internet existe depuis 12 ans et nous avons le recul nécessaire pour affirmer que le modèle économique n'est pas viable", affirment-ils. "Les revenus issus de la diffusion d'un programme radio sur Internet représentent en moyenne à peine 3% des revenus issus de la diffusion du même programme en FM", ont-ils ajouté. Si certes le modèle économique des webradios reste fragile, deux premières offres de commercialisation de webradios, développées par NRJ Global et Baracoda Média ont été mises en place ces dernières semaines. Les signataires du texte ajoutent que le déploiement de la RNT "engendrera mécaniquement, contrairement à la diffusion par Internet, une augmentation substantielle des revenus des éditeurs de programmes radio et en conséquence de la qualité des programmes".
Enfin, à l'instar du CSA, qui par la voix de son président Michel Boyon, réclamait en avril dernier "un soutien fort des pouvoirs publics", les signataires de cette tribune demandent une nouvelle fois "un signal fort des pouvoirs publics". Ils demandent que soient levées "certaines interrogations techniques ou financières aux opérateurs afin d'obtenir le consensus le plus large possible". Ils demandent également la relance de l'appel aux candidatures dans les 19 villes sélectionnées par le CSA en 2008, et en cas de report, ils souhaitent que "cet appel reste ouvert à ceux qui le désirent", dans le cadre d'une opération baptisée RNTest. Tout en précisant que cette opération ne doit rester qu'une solution alternative et de transition, ils expliquent que leur objectif est "de satisfaire les radios qui souhaitent encore du temps pour se lancer dans cette aventure sans hypothéquer l'avenir de la Radio Numérique Terrestre et priver plus longtemps encore les auditeurs du droit qui leur revient de profiter de cette avancée technologique majeure".Téléchargez l'intégralité de cette tribune (pdf, 4 pages), cliquez ici.
Thibault Leroi (thibault.leroi_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2010 · Reproduction interdite sans autorisation
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