De Charybde en Scylla*
Télédiffusion de France (TDF), née de l'éclatement de l'ORTF en 1975, a profité dès sa naissance de la création du nouveau réseau 625 lignes UHF de TF1 en couleurs, puis dans les années 80 du "boom" audiovisuel des "radios libres" et télévisuel des nouvelles chaînes de télévision : TV6, La Cinquième et de Canal Plus en 1984 avec la reconversion de l'ancien réseau 819 lignes VHF. En 1986, la loi Léotard sur l'audiovisuel eut, entre autres, comme conséquence, le passage de TDF à un nouveau statut, celui d'une Société Anonyme dont le capital était détenu à 100% par France Télécom. C'était la porte ouverte à la privatisation de cette société qui, même en perdant son monopole de droit, conservait la gestion de la plus grande partie des réseaux de diffusion des chaînes de télévision et de radios françaises. On connaît l'importance qu'attache le pouvoir politique à la diffusion hertzienne terrestre de la télévision et de la radio lesquelles constituent, encore aujourd'hui, malgré tous les autres moyens qui se sont développés, un instrument puissant de communication et de sécurité civile qui touche tous les Français. C'est notamment cette particularité qui a pesé lourd dans la balance du passage à la TNT, laquelle marquait cette volonté politique de conservation d'un réseau hertzien puissant et moderne, alors que d'autres options techniques auraient pu être choisies.
Depuis 2002, lorsque France Télécom, tout en conservant une partie des actions jusqu'en 2004, céda une grande partie du capital de TDF à des intérêts privés étrangers (CDC Equity Capital et Charterhouse) ainsi qu'à la Caisse des dépôts et consignations, tout a changé...
Bien que la Caisse des Dépôts ait conservé 24% du capital, TDF possède, depuis un an, un actionnaire étranger important le "Texas Pacific Group" (42%), auquel s'ajoute CharterHouse Capital Partners (14%) ainsi qu' Axa Private Equity (18%) et 2% d'actionnaires divers.
En regardant cet actionnariat, on se demande comment "l'état Français" a pu autoriser une prise de participation étrangère aussi importante dans une société dont l'activité est « vitale » et « stratégique » pour la diffusion de la radio et de la télévision dans l'Hexagone et outre-mer : TDF est aux mains de ces fonds de pension anglo-saxons dont on connaît les dégâts qu'ils causent dans l'économie mondiale... Comment l'état peut-il garantir, dans ces conditions, la continuité et la pérennité de la diffusion ?
Dans la pure logique financière de ses actionnaires, TDF n'échappe pas à la catastrophe : son PDG actuel Patrick Babin, un an après sa nomination, jugé trop timide pour licencier, va céder sa place en ce début 2010 à Olivier Huart, DG de BT Group en France. De plus, Patrick Puy, ancien PDG de Moulinex, qui a licencié 3 300 personnes en deux ans, a été nommé DGA pour « restructurer » la société dans un plan qui prévoit au total 2 400 départs !
Que va-t-il se passer pour la diffusion hertzienne terrestre des chaînes de radio et de télévision dans un contexte social qui va, n'en doutons pas, se dégrader, engendrant des conflits pouvant aller jusqu'à l'arrêt des émetteurs ? L'état a abdiqué un de ses devoirs régaliens en cédant TDF aux pires des actionnaires privés, les "presse-citrons" des entreprises... Pour TDF, le jus n'a pas fini de couler !
En cette nouvelle année 2010, toute la rédaction de Télé Numérique vous présente ses meilleurs voeux.
*De Charybde en Scylla : "éviter un péril pour tomber sur un autre".
Gilbert Draner
telesatellite.com


