France Télévision Numérique se félicitait hier soir d'un taux de couverture exceptionnel des foyers de la région, malgré des pépins liés à l'extinction de l'émetteur de Lambersart.
Il est 17 h. Et c'est un sourire de satisfaction soulagée qui s'affiche sur les visages des personnalités du CSA et de France télé numérique, au moment du débriefing. « Pour le Nord, nous sommes à 99,7 % de couverture TNT et à 98,2 % pour le Pas-de-Calais. Ça place la région dans les prix d'excellence en la matière », s'enthousiasme presque Alain Méar, du CSA. Traduction : les opérations de rallumage des 16 émetteurs de la région se sont déroulées sans soucis techniques majeurs, à part du côté de Fourmies, où le réémetteur n'était pas encore opérationnel, privant 400 foyers de certaines chaînes. « Ça devrait être résolu demain dans la journée », s'empresse-t-on de préciser...
Mais à quoi bon avoir des émetteurs performants si, à l'autre bout la chaîne, de l'antenne à la télécommande en passant par le poste de télévision, ça coince ? « On peut dire que le passage a été une réussite », insiste Louis de Broissia, président de France télé numérique, l'organisme qui chapeaute cette « petite révolution culturelle pacifique », qui concernait un million des foyers de la région, ceux qui n'ont que l'antenne-râteau pour recevoir la télé. L'indicateur, ici, ce sont les coups de fil vers les centres d'appels durant cette journée cruciale. « Nos trois plateaux, de Genevilliers, Strasbourg et Le Mans, avaient reçu 15 000 appels à 17 h, dont la moitié provenait du Nord - Pas-de-Calais. Majoritairement des personnes de plus de 65 ans, à 56,7 %, explique Louis de Broissia. Dans un quart des cas, ce sont des gens qui disent "je n'arrive pas à faire les réglages" ». Sans surprise, vous avez été nombreux à tâter fébrilement de la zappette hier, vous arrachant parfois les cheveux quand il manquait des chaînes, françaises ou belges après la sacro-sainte recherche de mémorisation de canaux. « Il ne faut pas hésiter à nous appeler, indique la responsable nationale des dits centres. Nos conseillers sont formés, on a travaillé avec les constructeurs de matériel pour qu'ils nous donnent les procédures propres à leurs appareils ». Et Louis de Broissia de préciser qu'hier, les conseillers ont passé « six minutes et trois secondes en moyenne avec leur interlocuteur. Signe qu'on prend vraiment le temps d'accompagner ».
Près de 1 000 appels liés
à l'extinction de Lambersart
Il y a donc cette marée de chiffres plutôt flatteurs. Et puis, il y a LE cas « extinction de l'émetteur de Lambersart ». Plusieurs témoignages de lecteurs de la métropole nous sont parvenus dans la journée pour indiquer qu'ils ne recevaient pas ou peu la télé, malgré la recherche de canaux préconisée.
Ça s'est aussi ressenti sur les appels à France télé numérique. « Nous avions reçu 539 appels concernant Lambersart à 17 h. On s'attend à 800 ou 900 d'ici à ce soir. Soit autant que depuis que nous avons mis en place la prise en charge de la réorientation », indique Jean-Yves Haby, directeur délégué aux régions de France télé numérique qui sort sa calculette. « Avec les 254 déjà effectuées avant le passage, on table sur un millier de réorientations, soit la prévision basse de notre fourchette de 1 000 à 10 000 foyers concernés ». À vérifier. « Si vous n'avez pas la télé dans la métropole, le bon geste c'est de nous appeler. On vérifiera si vous êtes concerné. Et on vous rappellera pour vous mandater un antenniste qui procédera à une réorientation totalement gratuite ». Sous quel délai ? N'y a-t-il pas embouteillage ? « Nous faisons notre maximum pour augmenter nos capacités de rappel. Mais c'est vrai que dans certains cas, il faudra patienter quelques jours ». Pas plus que le début de semaine prochaine, promet-on. Car « sous quelques jours, prévient Louis de Broissia, il faut que l'ensemble des téléspectateurs reçoivent les 19 chaînes, leurs chaînes locales et les chaînes belges ». Il y a encore du pain sur la planche. w
« QUELLE PERSPECTIVE D'IMAGES...ON SE CROIRAIT AU CINÉMA »
Rencontrés dans les foyers, dans la rue, dans les bus d'informations dédiés, les téléphages ou simples téléspectateurs n'ont pas vraiment le sentiment d'avoir vécu une « révolution » de l'image. Juste une évolution logique. Réactions. Christelle était devant sa télé, chez elle à Pérenchies, dans la nuit de lundi à hier. Un petit tour dans la salle de bains et quand elle revient devant son écran, « à 0 h 03 », il est « tout noir. Je n'y croyais pas, à cet écran noir à minuit, au moment du passage de la région au numérique... Eh bien si ! » Une coupure qui l'a replongée dans ses souvenirs d'enfance bretonne, lorsque le « Front de libération de la Bretagne avait fait exploser en 1974 le pylône émetteur du Roc'h-Tredudon, coupant la télé durant un mois » . Mais cette fois-ci, pas de panique. Au réveil, hier matin, Christelle a fait une recherche de canaux, et elle a récupéré la télé. Comme la plupart des Nordistes. Pour les plus âgés, dans les maisons de retraite notamment, des aides se sont organisées pour effectuer la recherche de canaux. Une assistance presque vitale pour Chantal, 75 ans : « Moi, j'ai la télé allumée dès 8 h le matin... Ça me fait une compagnie. » Et puis il y a les retardataires. Ahmed était à la Fnac hier à 11 h pour acheter un adaptateur. Il râle. « Je n'ai plus rien, plus de chaînes. C'est dingue ! » Et enfin, il y a les plus malchanceux, dont l'antenne était orientée vers l'émetteur de Lambersart (lire ci-contre). Ginette ne s'était renseignée que lundi : « Ils vont m'envoyer un antenniste », dit-elle, alors qu'une réunion publique se tient à la mairie de Lambersart. À ses côtés, Jean-François essaie, en vain, d'interpeller Mr Daubresse, son maire : « Je n'ai plus aucune chaîne. » Ce souci d'orientation a touché des foyers au-delà de Lambersart, mais beaucoup ont anticipé. Sylvie, gardienne d'immeuble à Vauban, à Lille, explique : « Un antenniste est venu réorienter l'antenne la semaine dernière. Du coup, nous n'avons eu aucun problème. » Sylvie sait qu'il « faut vivre avec son temps » et elle s'émerveille : « Avec le numérique, on a une image plus profonde. Quelles perspectives... On se croirait au cinéma.
Source : http://www.nordeclair.fr


