En s’opposant au lancement inéluctable des nouvelles télévisions, TF1 se tire une balle dans le pied, Bruxelles risquant de les autoriser en les assortissant de nouvelles obligations.
Ni TF1, ni l’Europe n’empêcheront la France de lancer de nouvelles chaînes sur la TNT. Le premier est le seul groupe français à s’opposer à cette extension demandée par les consommateurs. La seconde n’a jamais eu l’intention de fermer un marché mais seulement de veiller à la régulation de celui-ci.
Fin 2011, lorsque le signal analogique s’éteindra au profit du numérique, une douzaine de fréquences seront disponibles, notamment sur les multiplex R7 et R8. Canal+, M6, Next radio, NRJ, L’Equipe ont tous fait savoir aux pouvoirs publics comme au CSA qu’ils étaient prêts à lancer de nouvelles chaînes gratuites. Si l’on additionne les projets des uns et des autres, cela porte à 7 le nombre de nouvelles télévisions qui seront créées dans un an, au moment où les Français choisiront un nouveau Président de la République.
Démarrage immédiat
Qui peut raisonnablement imaginer, dans de telles circonstances, que Nicolas Sarkozy ou François Fillon ne profiteront pas de cette opportunité pour en faire cadeau aux Français ? La Cinq de Silvio Berlusconi et Jérôme Seydoux a été lancée par François Mitterrand dans des circonstances analogues. Lors de la réunion de l’Hôtel Matignon le mercredi 5 avril, François Fillon et Michel Boyon, président du CSA, sont tombés d’accord pour dire qu’il ne fallait pas laisser passer pareille occasion.
Tout peut d’ailleurs aller très vite si la décision politique est prise. RMC Sport peut démarrer dans les trois mois, NRJ Nostalgie et NRJ femmes peuvent être mises en place dans un laps de temps équivalent, tandis que Canal 20, la chaîne gratuite de Canal+ pourrait voir le jour en septembre prochain. M6, enfin, n’a guère besoin de plus de six mois pour lancer ses deux chaînes gratuites, l’une à destination des "branchés", l’autre du grand public.
Tout irait pour le mieux si deux entreprises françaises ne s’opposaient fermement à ce projet, TF1 d’une part, le groupe Bolloré de l’autre.
La Une qui a hérité, comme Canal+ et M6, d’une chaîne bonus, ne veut plus en bénéficier et refuse que Canal+ comme la Six puissent recevoir la leur. La Une redoute plus que tout l’apparition de ces nouveaux acteurs dont le professionnalisme bien connu les conduirait à créer des chaînes susceptibles de recevoir une certaine audience. Les agences médias spécialisées comme MPG, OMD évaluent à 15% la part d’audience minimum que ces chaînes vont pouvoir rassembler immédiatement. Certains pensent même que le chiffre de 25% est à leur portée. Cette hypothèse est loin d’être exclue si l’on sait que Canal 20 vise les 7%, RMC Sport les 5% et les deux chaînes de M6 un chiffre équivalent.
TF1 en dessous de 20%
Dans ce cas de figure, la part d’audience de TF1 descendrait inéluctablement sous les 20%. En dessous d’un tel seuil, la Une ne pourra plus exercer la même influence politique ou économique. Elle sera moins puissante pour passer des contrats avec les agences médias qui représentent les annonceurs. Nicolas de Tavernost, président de M6, l’a parfaitement compris. C’est ce qui le conduit à lancer deux nouvelles chaînes et à se battre pour que le projet aboutisse. M6 va aussi baisser mais la Une ne dictera plus sa loi au marché.
Et s’il n’a pas droit à ses chaînes bonus, il suivra la procédure classique de l’appel d’offres.
Pour tenter d’arrêter le mouvement, TF1 est devenue soudainement pro européenne. Elle évoque la mise en demeure que Bruxelles a adressée à la France sur les chaînes bonus. Ces télévisions avaient, en effet, été attribuées automatiquement à Canal+, TF1 et M6 au nom du principe de compensation. Comme ces chaînes ont du payer 100 millions d’euros pour la Une et la Six, 500 millions pour Canal, le coût de la double diffusion en analogique et en numérique, il fallait les dédommager.
Bruxelles reconnaît le bien fondé de cette décision mais se demande seulement si l’octroi d’une fréquence correspond à un prix justifié ou pas.
Si tel n’est pas le cas, la Commission européenne n’interdira pas ces chaînes bonus, elle demandera simplement que des garanties soient données au profit de la concurrence. En clair, que les chaînes bonus soient astreintes à des obligations au profit de la production audiovisuelle ou cinématographique indépendante.
Comme ces chaînes seront inéluctablement lancées et que TF1 voudra alors avoir la sienne, la Une se retrouvera avec une chaîne grevée d’obligations qu’elle se sera créées. En langage courant, cela s’appelle "se tirer une balle dans le pied".
Source:electronlibre.info



