Sur le forum voisin (et ami) Rétrotechnique, un internaute a posé la question : " Existe-t-il des postes DAB+ portatifs sobres en énergie !? "
Dans la discussion, un internaute ayant travaillé dans cette branche a fourni une réponse éclairée et documentée que je reproduis ici avec sa permission
Radiosolo54 sur Rétrotechnique a écrit:Bonjour à tous,
Ayant travaillé dans une vie antérieure sur la chaîne DAB et notamment sur les terminaux (récepteurs), je vais essayer d’apporter quelques points de repère.
La question initiale est « Existe-t-il des postes DAB+ portatifs sobres en énergie !? »Il existe des documents anciens (2010) édités par les britanniques, qui n’ont aujourd’hui qu’une valeur indicative cf. digitalradios_energyconsumption_report_1_.pdf (303,4 Ko)
- Si le référentiel de comparaison est celui des récepteurs analogiques, la réponse est non (voir plus loin), et ce quel que soit le type de récepteur DAB.
- Si le référentiel de comparaison est celui des différents types de récepteurs DAB+, la réponse est oui. Par type de récepteur, il faut entendre autoradio, tuner, récepteur de table, baladeur.
Pour une même catégorie de récepteur DAB+, à fonctionnalités comparables, et hors options Bluetooth et autres Internet, il existe des différences de consommation, mais qui restent toutefois contenues.
Le coeur d’un récepteur DAB+ repose sur la mise en oeuvre de un ou deux « chispets » (circuit intégré à haute densité de semi-conducteurs)
- Un premier chipset assure la fonction de « tuner » ou « tête RF » : en entrée le signal issu de l’antenne de réception, et en sortie un flux de données binaires intégrant l’ensemble des programmes radio et des données associées. Ce chipset consomme environ 150 mW (valeur moyenne), soit un courant consommé d’un peu moins de 40 mA rapporté à une tension d’alimentation de 4 V.
- Un second chipset assure la fonction de « décodeur ». A partir du flux de données binaires il extrait celles correspondant au programme radio recherché (démultiplexage) et une conversion de ces dernières (codées en AAC+) en signal audio analogique. Ce chipset consomme environ 100 mW (valeur moyenne), soit un courant consommé de 25 mA rapporté à une tension d’alimentation de 4 V.
A ce stade on relève une consommation de plus de 60 mA, sans compter la contribution de l’afficheur et de son rétroéclairage, et de l’amplificateur AF.
Pour fixer les idées le récepteur Technisat Viola2 dont il est question plus haut, consomme environ 120 mA pour une alimentation de 6 V (4 x 1,5 V) et un niveau d’écoute audio modéré. Le récepteur cesse de fonctionner à une valeur de tension de 4,5 V. Il est équipé d’un jeu de chipsets conçus par Frontier Smart. Un autre récepteur de marque Denver référence DAB42 consomme lui aussi … 120 mA et pourtant il est plus ancien (2018), et équipé d’un jeu de chipsets conçus par Quantek. Ce sont des gouffres à piles, et à part un usage occasionnel dans ce mode d’alimentation, on ne peut que recommander en utilisation régulière, de les faire fonctionner à partir de l’adaptateur secteur (toujours fourni, il y a bien une raison !). Et si vous pensez à partir de ce même type de récepteur disposer en mode FM d’une consommation plus sobre, c’est raté ! C’est tout aussi énergivore de par l’utilisation de ces chipsets, qui ne sont pas initialement conçus et optimisés pour la réception FM …
Il faut savoir qu’en termes de réduction de consommation, on atteint un plafond de verre, qui est lié essentiellement aux caractéristiques du signal DAB+ :
- La largeur d’un canal DAB est d’environ 1,7 MHz occupé par 1536 fréquences porteuses, modulées individuellement (D-QPSK)
- Il est nécessaire de démoduler l’ensemble du canal pour récupérer le flux de données, et à son tour y extraire le programme recherché. Sans rentrer dans les détails cette opération s’accompagne d’une estimation du canal (en gros sa réponse amplitude-fréquence) et d’une correction si nécessaire, de la démodulation des 1536 porteuses, d’un désentrelacement des données et de la mise en oeuvre des codes correcteurs d’erreurs. Ce sont l’ensemble de ces techniques qui confèrent au signal DAB+ sa robustesse, notamment en réception mobile (fading).
En final en DAB+, on traite dans une largeur de canal de 1,7 MHz, un flux brut de 2,4 Mbit/s et ce de manière continue. C’est ce traitement qui est énergivore. Evidemment en analogique et en FM, le traitement est minimaliste, et la largeur d’un canal est 150 kHz … C’est également sans faire de comparaisons par rapport à des techniques d’accès TDMA comme celles utilisées en 4G, associées à des largeurs variables de canal qui optimisent les aspects consommation.
Paradoxalement le DAB+ est présenté par ses supporters et lobbyistes (WorldDAB), comme un mode de diffusion « green » (écologique). Cette affirmation est en fait à rechercher du côté des coûts de diffusion, qui à qualité de service comparable (nombre de programmes, qualité audio et de couverture) par rapport la FM serait 33% moins onéreuse pour le DAB+. Cerise sur le gâteau, le bilan énergétique prendrait en compte la consommation à la fois côté émetteurs et … récepteurs. Pour ces derniers, le WorldDAB est beaucoup moins disert sur les inconvénients pour les usagers !
Pour ceux qui seraient intéressés de découvrir les cartes de couvertures DAB+, je ne peux que recommander l’excellent site https://www.rplusd.io/maps/
Ils découvriront des cartes relativement pertinentes issues de simulations, qui fixent les contours de couverture pour trois cas d’usage : couverture dense en intérieur (rouge), couverture standard en intérieur, avec nécessité d’optimiser l’emplacement du récepteur (jaune), véhiculaire en mobilité (bleu).
En conclusion forcément parcellaire, on se souviendra également que le DAB repose sur des fondements techniques anciens (projet Eureka 147 du début des années 80) et que depuis la technologie à largement progressé. le groupe DVB a même proposé au travers de la norme DVB-T2 un profil de diffusion avec une largeur de 1,7 MHz (idem DAB) dont la capacité et la qualité de couverture sont identiques, pour un réseau d’émetteurs dont les puissances seraient abaissées dans un rapport de 4 (-6 dB) par rapport au DAB+. La technique c’est une chose, le lobbying une autre !
J-R Roy
Dans ce sujet, n'hésitez pas à nous faire part de vos expériences avec vos récepteurs
Merci





