Alain Weill est président de NextRadioTV (BFM-TV, RMC, BFM-Radio, Groupe 01), le groupe qui a racheté Numéro 23 (0,7 % de part d’audience) pour 90 millions d’euros. Le débat sur les reventes « spéculatives » de chaînes a été relancé par la cession, décidée par les actionnaires (dont Pascal Houzelot, membre du conseil de surveillance du Monde) de cette chaîne de la TNT lancée en 2012.
Comprenez-vous ceux qui accusent les actionnaires de Numéro 23 d’avoir spéculé en revendant une fréquence obtenue gratuitement en 2012 ?
Je peux comprendre certaines critiques, mais nous nous sentons assez étrangers à ce débat. NextRadioTV ne fait que répéter le modèle suivi par TF1 il y a quelques années et Canal+ récemment : tous deux ont racheté des chaînes de TNT peu après leur autorisation. La concentration du secteur est inévitable. Mais pour la première fois, ce n’est pas un groupe historique qui rachète un nouvel entrant, mais un autre nouvel entrant. C’est bon pour le pluralisme. Sinon, dans quelques années, on reviendrait à la case départ : un paysage audiovisuel aux mains des opérateurs historiques.
Quel rôle va jouer Pascal Houzelot ?
Pascal Houzelot reste président de Numéro 23 et sera un membre du conseil d’administration, à partir de l’année prochaine, lorsque le CSA [Conseil supérieur de l’audiovisuel] aura agréé le nouvel actionnaire et que l’assemblée générale de NextRadioTV aura approuvé cette nomination. M. Houzelot et ses partenaires ont investi autour de 35 millions d’euros dans Numéro 23. Et ils vont financer – à hauteur de 40 millions d’euros en obligations convertibles [le reste de la vente, 50 millions d’euros, est en cash] – le développement de Numéro 23 et de NextRadioTV. M. Houzelot n’empoche pas sa plus-value en disparaissant.
Qu’allez-vous faire de Numéro 23, chaîne de la diversité ?
Nous avons vérifié que la chaîne avait respecté ses engagements sur la diversité car nous avons anticipé la critique. Numéro 23 a pris des initiatives et nous voulons les poursuivre. NextRadioTV sera légitime car nous avons décidé il y a quelques mois, avant ce rachat, de faire du thème de la diversité une priorité du groupe. Nous resterons dans le cadre de la convention fixée par le CSA pour la chaîne, qui a un spectre assez large. L’important est de proposer des programmes inédits, innovants et différenciants. Sur Numéro 23, ils tourneront autour de l’histoire, des sciences, de l’art de vivre, des débats d’actualité…
Numéro 23 propose beaucoup d’adaptations de divertissements américains comme un concours de tatoueurs : cela va-t-il continuer ?
Les jeunes chaînes sont confrontées au problème de la circulation des œuvres : au début, il leur est difficile de diffuser beaucoup de programmes français ; elles n’ont pas encore eu le temps – ou les moyens – de les produire. Et les chaînes historiques ne favorisent pas la circulation des œuvres. Les jeunes chaînes sont donc obligées d’aller là où ils sont disponibles, parfois hors de France.
Le comité pour l’éthique et la diversité à NextRadioTV n’est-t-il pas une simple initiative d’image ?
Le comité d’éthique date de la création de BFM-TV en 2005. Il a été imposé dans notre convention par le CSA. La diversité, nous avons depuis décidé de nous en emparer car, face au poids croissant de la chaîne et de ses responsabilités, il fallait prendre des initiatives. Mais nous avons aussi la conviction que nos chaînes doivent ressembler à la France. Nous avons donc créé à NextRadioTV, un comité du pluralisme, des diversités et de l’éthique.
Qui le composera ?
Cinq personnes de l’entreprise mais aussi Bariza Khiari, sénatrice PS de l’Ile-de-France, Amirouche Laïdi, président du Club Averroes qui promeut la diversité dans les médias, Caroline Sénéclauze, de l’Orchestre de l’alliance et de l’observatoire de la diversité du CSA, Christine Albanel, ancienne ministre de la culture et chargée de la diversité chez Orange, ainsi que Roch-Olivier Maistre, de la Cour des comptes, qui a été conseiller de Jacques Chirac et qui connaît la culture, la religion et l’intégration.
Quelles actions concrètes attendre : des gens de couleur à l’antenne ?
La tâche est difficile car les diversités sont peu présentes dans les écoles de journalisme et nous recevons peu de CV de personnes issues de l’immigration. Le comité doit fixer des objectifs concrets à l’entreprise. C’est notre responsabilité et notre intérêt : si certains des téléspectateurs pensent que nos chaînes ne ressemblent pas à la société, c’est un problème à terme. Cela s’ajoute à l’idée selon laquelle les médias cachent la vérité.
Des politiques veulent doubler le délai de deux ans et demi pendant lequel il est interdit de revendre une chaîne : y êtes-vous favorable ?
J’y suis favorable à l’avenir. J’ai créé le groupe NextRadioTV il y a quinze ans, j’ai repris RMC, racheté BFM à la barre du tribunal, investi dans la TNT, autant de projets auxquels tout le monde ne croyait pas. Notre sujet, c’est le développement.
Source : http://www.lemonde.fr/economie/article/ ... _3234.html




