A titre liminaire, les auditeurs de France Musique sont des adultes responsables, et non complètement stupides : à ce titre, n’ont-ils pas le droit à un minimum de considération de la part de Radio France, et d’être dûment informés ? Or, il est patent, constatable qu’il s’agit d’une insuffisance avérée de considération, adossée à une communication institutionnelle indigente : est-ce à dire que la communication institutionnelle de RF n’arrive pas à assumer les choix pris par la direction, comme s’il y a avait un fond de honte les empêchant d'être transparents ?... Si tel est le cas, pourquoi donc ? Car les choix auraient été soufflés en haut lieu ? En règle générale, moins un organisme parvient à expliciter ses choix stratégiques, plus on ressent que tout cela n’est vraiment pas clair. Même l’art de la communication orale de la PDF de Radio France, dont on ne peut nier qu’elle la maîtrise fort bien, ne peut dissimuler ce qui ressemble à une sorte de bras d’honneur (implicite) aux auditeurs de France Musique.
Le point de départ de cette optimisation, selon la version Radio France, découle d’une restriction de sa dotation budgétaire par l’Etat, tout en conservant l’obligation d’assurer différentes missions prévues par la législation, la réglementation.
C’est pourquoi, afin de contenir ses dépenses dans un contexte de disette budgétaire, Radio France a – in fine - fait le choix, parmi d’autres, de réduire les dépenses affectées à la transmission hertzienne de ses programmes, en estimant Radio France doit être davantage présente via les modes de communications numériques, familiers pour les plus jeunes, nettement moins pour les anciens.
Plus précisément, Radio France a opéré un tournant stratégique au profit d’une communication à visée numérique, sans obérer le développement de la RNT fort en retard par rapport à nombre d’Etats européens, en particulier le Royaume-Uni, l’Allemagne...
Une des options à l’appui d’une diminution des frais afférents à la diffusion en FM aurait été d’éteindre quelques émetteurs principaux, en particulier dans les zones où le DAB+ est aisément captable ; toutefois, cela aurait affecter indistinctement les 3 programmes nationaux.
Radio France a effectué un autre choix stratégique : sans ouvrir une concertation avec ses auditeurs, elle a fait le choix sans avoir à en rendre compte de réduire de la voilure FM de France Musique... tout en confortant la couverture territoriale de F Info et des différents Ici. En matière d’égalité de traitement entre programmes à visée nationale, n’est-ce pas piétiner ce principe constitutionnel, nonobstant qu’en matière d’années d’expérience, et de respect de son cahier des charges, France Musique est irréprochable.
De manière assez habile, si ce n’est spécieuse, Radio France justifie son choix de renforcement de la couverture territoriale de ces deux programmes Ici et France Info par une prétendue obligation (quelle réglementation ?), au terme de laquelle, en situation de crise, des messages ad hoc soient transmis à la population la conduite à tenir.
Si circonscrite territorialement : Ici
Si de grande ampleur : F Info.
A ma connaissance, la transmission de messages en cas de crise majeure, est dévolu à F Inter en raison de sa couverture nationale. A noter, que l’émetteur d’Allouis ne relaie plus les programmes de F Inter mais qu’il demeure pleinement opérationnel, "au cas où".
Les plans de défense étant secrets, il est difficile de contester ce qu’allègue Radio France, à savoir l'impérieuse nécessité d'étoffer la couverture territoriale de France Info, et d’Ici.
Dans son dernier livre blanc, l’Arcom a :
> d’une part acté la saturation de la bande FM, allégation que je trouve quelque peu contestable car la planification mené par cet organisation ne tient pas pleinement compte de l’accroissement de la sélectivité des récepteurs, lesquels tolèrent un pas de 0,3 MHz entre deux programmes diffusés depuis un même site (cela atteint même 0,2 MHz en Espagne, Italie, Turquie)
> d’autre part, validé le développement de la RNT via le DAB+, en soulignant ses avantages (qualité sonore comparable au numérique, capacité à émettre bien plus de programmes sur le territoire, informations affichées à l’écran...). Il demeure deux écueils opposables à la DAB+ : une couverture territoriale moindre que la FM, et une faible proportion de foyers possédant un récepteur DAB+.
En dépit de l'écart ci-dessus, l’Arcom souligne qu'au regard de la bande FM, selon ses critères de planification, il est devenu impossible trouver de nouvelles fréquences allouées à F Info et les Ici. Comment dire ? OK : c'est sa manière d'analyser le spectre FM. Dont acte........ mais l'écart de 0,4 MHz, ça commence à dater...
Comme vous le savez, l’Arcom a défini des critères visant une couverture d’au moins 80 % de la population sous peu. En excluant, manifestement la Corse, où à ce jour : c’est 0%.
Il est pour le moins questionnant, qu’alors la défense intérieure du territoire soit assujettie à des messages uniquement diffusés par F Info, et Ici, il n’ait pas été décidé au plus haut lieu, un déblocage budgétaire extraordinaire à l’appui d’une extension de couverture à plus de 90 % de F Info, et des Ici, via ... le DAB+. Ce qui aurait permis à ce que l’extinction de nombreux émetteurs de France Musique soit contrebalancée par une couverture DAB+ optimale, se rapprochant de la couverture en FM. Voyez-vous, c’est à ce genre de question que l’on peut se faire une opinion sur la combattivité d’une direction visant à défendre ses clients ; s’agissant de Radio France, défendre ses auditeurs de France Musique... Il est vrai que savoir challenger les demandes venant de très haut, ne figure pas dans les manuels de l’ENA, ni dans l’ADN des dirigeants publics nommés en ... ou par le ...
J’ajoute, que les crédits visant à accélérer la couverture DAB+ au motif de la défense intérieure, auraient certainement été octroyés modulo un vote consistant à débloquer de manière exceptionnelle ce budget sous la forme d’une loi rectificative à la loi de finances. Mais, il est vrai, que parvenir à une majorité à l’AN, est devenu relativement compliqué > j’aurai la charité de ne pas demander : mais pourquoi donc ?
Il semble utile de rappelle que le choix politiques, ou plutôt les errements et atermoiement politiques du passé, ont entraîné non seulement un ralentissement du développement en DAB+, mais également – probablement - l’éditeur radiophonique public ne bénéficie pas d’un mux en propre > pourtant, cela est la règle en nombre d’Etats européens importants : Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Pologne. Et possiblement, à terme, en Espagne.
Ainsi, c’est à cause d’un non-choix (solution de facilité de nos grands décideurs) que R France est tenu de partager le M1 (correction de la modération : Radio France est sur M2) avec des éditeurs privés : dès lors, la possibilité que l’Etat puisse financer à titre exceptionnel le développement du DAB+ pour le seul éditeur radiophonique public, ne peut être retenue...
Une fois de plus, nous « payons » aujourd’hui les conséquences d’un choix malheureux du passé, conjointement entériné par les deux composantes de l’échiquier d’alors.
En somme, Radio France, ne peut solliciter une enveloppe budgétaire à l’appui du développement de la diffusion de ses programmes via DAB+, ce qui aurait permis de satisfaire l’impérative demande de la défense intérieure tout en planifiant progressivement la cessation de la diffusion émetteurs en FM... Ne serait-ce pas là une injonction somme toute paradoxale pour R France : tailler dans le budget alloué à la diffusion FM, tout en confortant France Info et Ici, ET tout en ayant l'obligation de faire des économies « sur le dos » : qui de France Inter, qui de France Culture, qui de France Musique...
France Inter est depuis toujours, le navire amiral du service public radiophonique. C’est bien pourquoi, il apparaît stratégiquement exclu de limiter la couverture FM de France Inter.
France Culture : radio du savoir, et incarnant cette fierté culturelle, exception française, pouvait-elle subir les affres d’un mode de diffusion réduit aux dépens de celle et ceux l’écoutant en FM. La réponse aurait pu être partiellement affirmative : dès lors, l’effort aurait été équitablement partagé avec France Musique, ne serait-ce qu’en raison de leurs audiences tout à fait comparables. Ainsi donc, aurait pu être envisagé un échange de fréquences équitables depuis France Musique et France Culture, au profit de France Info et Ici. Ce choix n’a pas été retenu. Sans que l’on n’en connaisse les raisons... si ce n'est que de l'ordre de 3 m€ d'économie (budget de R France en 2024 : près de 650 m€). Alors on les devine : en échangeant avec des proches tout récemment, une réponse a souvent fusé > ah oui, France Info c’est la radio où l’on parle beaucoup, et qui est assez orientée" : "évidemment on peut y dire ce que l’on souhaite transmettre aux gens qui l’écoutent, soit une bonne raison pour augmenter sa couverture". "France Musique, par essence apolitique. Il ressort que ce choix de la préserver ne pouvait être".
Finalement, c'est pourtant sur elle que porte l’effort de réduction de la couverture territoriale en FM, du programme France Musique avec une économie sur le budget global de moins de 0,5 %... Cela signifie également que comme F Musique pèse 1 % d’audience, on pourrait demander à F Inter (12,5 %) de faire près de 40 millions d'euros d'économie... Évidemment, ce que j'écris n'est pas sensée, car tout ne fonctionne pas aussi arithmétiquement en matière d’élaboration d'un budget.
Ne connaissant pas les véritables raisons (motivation ?) de R France ayant conduit à privilégier France Culture au détriment de France Musique, seules des hypothèses peuvent être formulées, étant précisé – et cela nul ne le contestera : le premier programme est parlé, tandis que le second est musical.
En voici quelques-unes de mon jus :
1/ La Culture est une valeur politique prisée en France : ce pays ne fut-il pas le premier en 1981 [correctif : depuis 1959 > la nuit portant conseil, la mémoire m'a rappelé l'oeuvre d'André Marlaux... et la panthéonisation, mémorable de Jean Moulin dans le Temple alors des Grandes Hommes)] à créer un ministère dédié, sous la houlette d’un ministre politique très bon communicant. A contrario, la France n’est pas un pays réputé pour avoir encouragé beaucoup de musiciens (dit classiques), à l’inverse de l’Allemagne, de l’Italie, ou de l sphère anglo-saxonne.
2/ Les hautes sphères de Radio France, ont estimé urgent que les mélomanes soient invitées à suivre France Musique non plus en FM, mais en DAB+ > d’où le choix d’éteindre une partie du réseau FM. En effet, il nous est rappelé régulièrement que le DAB+ procure une qualité sonore inégalée, assorti de multiples avantages. La vérité est moins frimeuse... car la qualité sonore du DAB+ à raison de 88 kbit/s est comparable à la FM. Raison pour laquelle, en différents pays européens plus mélomanes que les Français, ce débit est significativement supérieur à cette valeur standardisée : 88.
3/ Le tropisme politique d’un programme radiophonique ne se retrouve évidemment pas dans la musique, mais bien dans les idées et la ligne éditoriale verbalisée à l’antenne. Je ne pense pas que cela soit faire mauvais procès à Radio France, que de mentionner que sa ligne éditoriale est marquée / se caractérise par des idées et valeurs de gauche, (tandis que celles d’un programme comme CNEws sont de droite toute).
On pourrait se « désoler » que l’inclination idéologique de Radio France soit autant caractérisée, et qu’il en résulte une sous-représentation de celles et ceux dont le discours et les idées ne sont pas en phase avec le tropisme de France Inter, France Info. A cela, il convient de préciser qu’il incombe à l’Arcom d’en juger, et de statuer en tant que de besoin. Au demeurant, l’Arcom n’a pas manqué de le faire tout récemment :
https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/une-situation-conjoncturelle-repond-radio-france-apres-la-mise-en-demeure-de-l-arcom-pour-sous-representation-du-rn-1204101
De ces trois hypothèses, celle m’apparaissant la plus recevable, est la deuxième. A une réserve près : que la couverture géographique de France Musique en DAB+ soit du même niveau que celle de la FM... Et pour l'instant...
S’agissant de la qualité sonore du DAB+, j’ai pu lire qu’un programme diffusé via la RNT apportait une meilleure qualité musicale que la FM à la condition que le débit soit nettement supérieur à 88 kbit/s.
C’est d’ailleurs bien pourquoi, il y a très peu, j’avais demandé les raisons ayant conduit Radio France à ne pas octroyer à France Musique un débit bien supérieur aux autres programmes ... alors que d'autres pays européens proposent un débit « élevé » pour le programme dévolu à la musique classique. Réponse : c’est un choix discrétionnaire du groupe Radio France qui a toute latitude sur la répartition des kbits/s ou CU... avec ce constat particulièrement édifiant : F Info, en mono, bénéficie du même débit que France Musique... Ce n’est pas même plus de la désinvolture, c’est simplement lunaire.
Il est une question qui me taraude : lors de ce grand big bang à partir de fin juillet, le programme F Info sera-t-il diffusé en mono ou en stéréo ? Question subsidiaire, la diffusion en mono est-elle plus économique pécuniairement que la stéréo ? En effet, la réception d’un programme en mono est qualitativement meilleure qu’en stéréo, à champ électromagnétique équivalent... nous verrons prochainement si la PAR allouée à F Info pour les émetteurs « historiques » sera moindre que celle actuellement autorisée pour France Musique... histoire d'optimiser ce big bang !
Après avoir parcouru, rapidement, les futurs changements de fréquences, programmés sous peu, ce big bang va s’accompagnera de conséquences aussi regrettables que déplorables. Notamment la réception de France Musique dans le Gard et l’Hérault, puisque ce programme sera émis depuis plusieurs émetteurs sur 105,1, ceux précédemment alloués à France Info. Si la réception en stéréo sera tout à fait correcte dans le voisinage immédiat des différentes agglomérations (Montpellier, Nîmes, Béziers, Alès...), il ne fait guère de doute qu’entre les agglomérations la qualité de réception ne sera pas bonne.
Par ailleurs, il m’apparaît regrettable, et même injuste, que dans les villes « moyennes », les antennes FM émettrices qui leur sont dédiées, sans oublier de de nombreuses localités où la réception FM est malaisée et dotées à ce titre d'émetteurs dits gap-fillers, demeureront (que pour les villes moyennes) simplement 2 programmes nationaux, et désormais F Info, alors que France Musique n’y sera plus captable de manière simplement commerciale... Je pense évidement, en premier lieu, à Millau, localité où sont présentement diffusés 5 programmes R France : les 3 nationaux, Ici Hérault, et F Musique.
En clair,
> la qualité de F Musique dans les grandes villes,
> pour les sans-dents des villes moyennes : plus de France Musique, et France Info à la place !
> pour mes gueux édentés des villages isolée : rien. Ou si peu !
Mon père et mon oncle, auxquels j'ai relaté ces changement, m’ont spontanément indiqué que tout ceci était une honte, en regard de l'économie alléguée. Et d'ajouter, où est passé l'argent du fonds dédié pour les établissements [...] après la terrible canicule 2003 ?
Je puis ajouter qu'ils ne sont pas les seuls à se poser ce genre de question, chez les sans-dents, ou "ces gens-là" pour reprendre cette expression d'une chanson de Jacques Brel
Tout aussi regrettable et tout aussi injuste, que cette baisse importante de la couverture géographique de F Musique... avant que les objectifs fixés par l’Arcom en diffusion DAB+ soient parfaitement respectés en matière de couverture géographique, ou plutôt populationnelle.
Bien que les auditeurs de France Musique ne représentent que 1 % de l’auditoire national, je trouve que la puissance publique maltraite sans vergogne cette minorité de la population. On a connu la puissance publique plus sourcilleuse à l’endroit d’autres minorités : certes, on doit estimer en haut lieu que les auditeurs de F Musque ne sont pas dans le besoin, et donc davantage enclins à se permettre d’investir dans la réception du DAB+ en dépensant 50 € dans un récepteur... mais pour peu ... que le DAB+ soit opérationnel.
Pour autant, dépenser 50 €, n’est pas une paille pour certains auditeurs, notamment ceux bénéficiant du chèque énergie. Peut-on rêver prochainement, d’un chèque DAB+ de la part de l’exécutif ? Et leur rappeler que l'on peut être modeste pécuniairement, et écouter France Musique !
Note : j'imagine que le niveau socio-culturel des auditeurs France Culture est supérieur à celui de France Musique... Pourquoi donc ne pas avoir supprimé France Culture dans les villes moyennes, considérés peu intellectuelles ?
Inévitablement, d’aucuns – dont je suis – estimeront, et surtout se rappelleront que Radio France n’a pas trop cherché à incommoder ses radios parlantes, celles qui véhiculent les idées s’inscrivant nolens volens dans la bonne-pensance. En effet, l’Arcom n'a-t-elle pas mis en demeure Radio France, tout récemment - tandis que cette dernière osait exciper un problème d’ordinateur pour justifier un déséquilibre de la représentativité politique : que cela en dit long.
« M’sieur : c’est pas notre faute, c’est à cause du méchant ordinateur qui fait des siennes depuis des mois, et en plus... à notre insu (de notre plein gré) » .
> Sincèrement, peut-on croire en cette jolie fable ? Aussi, il est toujours cocasse que les contempteurs de celles & ceux qui soutiennent,que F Info, F inter et également – dans une mesure bien moindre - F Culture Inter, sont "plutôt" orientées, tout en soulignant, que la neutralité ne peut être de mise, et nous sortant du chapeau - à l'occasion, histoire de dénigrer les propos déviants - un mot-valise bien connu ; tellement connu, et éculé, qu'il ne convient pas de donner l’honneur de le citer à nouveau.
Enfin, et même si je l'ai déjà mentionné : la raison impérative la défense nationale intérieure, justifiant que l’on doive amputer F Musique en termes de couverture nationale, argument tout à fait entendable, est fort opportunément mise en exergue, sans que l’on ne puisse disposer / avoir accès à des éléments pour challenger...
Non seulement cela me suscite un sourire en coin, mais incite à conclure que la voix de la France (la seule et vraie évidemment), portée comme il se doit par le service public, apparaît à géométrie variable quant aux enjeux, qui nous attendent patiemment depuis des années.
Heureusement qu’Internet permet de consulter la presse étrangère, et se faire une opinion politique : si elle n’est neutre, elle est en tout cas équilibrée, ou fort balancée !




